Les autorités sanitaires américaines tirent la sonnette d'alarme face à l'épidémie d'Ebola qui sévit en Afrique centrale. Des simulations réalisées par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) indiquent que la présente flambée pourrait, dans un scénario défavorable, rivaliser avec la pire épidémie jamais enregistrée, celle qui avait frappé l'Afrique de l'Ouest entre 2014 et 2016.
Des scénarios allant jusqu'à vingt mille cas
Publiées le 5 juin, ces projections envisagent plusieurs évolutions possibles. Selon les hypothèses retenues par les modèles informatiques, le nombre total de contaminations pourrait varier entre dix mille et plus de vingt mille cas. L'ampleur dépendra en grande partie de la rapidité avec laquelle les personnes infectées seront isolées afin de freiner la transmission. À titre de comparaison, l'épidémie ouest-africaine de 2014-2016 avait totalisé plus de vingt-huit mille cas recensés et entraîné la mort de plus de onze mille personnes.
Une situation déjà préoccupante en RDC
Le foyer principal de l'épidémie actuelle se situe en République démocratique du Congo, plus précisément dans la province de l'Ituri, qui borde celle du Nord-Kivu au sud. Les autorités sanitaires y ont déjà confirmé plus de trois cents cas de la souche Bundibugyo du virus Ebola, tandis que des centaines d'autres cas suspects font l'objet d'investigations. Les chiffres, précisent les responsables, sont susceptibles d'évoluer à mesure que les tests de laboratoire sont effectués. Un centre de traitement fonctionne à Monigi, dans le territoire de Nyiragongo, au nord de Goma, avec une capacité d'accueil de quatre-vingts patients.
Un appel à une action internationale rapide
Face à ces projections, les experts du CDC insistent sur la nécessité d'une réponse immédiate et coordonnée. Si les mesures de contrôle – notamment l'isolement des malades, le suivi des contacts et la vaccination – ne sont pas intensifiées dans les toutes prochaines semaines, le nombre de cas pourrait exploser. Les modèles suggèrent que l'épidémie pourrait alors s'étendre au-delà des frontières congolaises, menaçant les pays voisins comme l'Ouganda. Les spécialistes rappellent toutefois que les épidémies restent difficiles à prévoir avec certitude et que l'évolution dépendra de l'efficacité des interventions sur le terrain.
Un virus déjà connu, mais toujours redoutable
L'épidémie de 2014-2016, qui avait principalement touché la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone, avait mis en lumière les lacunes des systèmes de santé et la nécessité d'une mobilisation mondiale. La souche Bundibugyo, identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007, présente un taux de létalité variable. Les autorités sanitaires congolaises, appuyées par l'Organisation mondiale de la santé et d'autres partenaires internationaux, déploient des équipes d'intervention rapide, des laboratoires mobiles et des campagnes de vaccination ciblée. La logistique reste toutefois complexe dans des zones reculées où l'insécurité et les infrastructures dégradées entravent l'accès aux soins.
Un avertissement fondé sur des données actualisées
Les modélisations du CDC reposent sur les données épidémiologiques les plus récentes, recueillies depuis le début de la flambée. Elles intègrent des paramètres tels que le taux de reproduction du virus, les délais d'incubation et l'efficacité estimée des mesures de contrôle. Si les scénarios optimistes prévoient un confinement de l'épidémie à quelques milliers de cas, les hypothèses pessimistes mettent en garde contre une propagation exponentielle. Les responsables appellent donc les gouvernements et les organisations humanitaires à ne pas sous-estimer la menace et à débloquer d'urgence les ressources financières et matérielles nécessaires.