Une diffusion qui fait débat. La chaîne Planète+, propriété du groupe Canal+, a programmé pour les 23 et 30 juin la diffusion d’une adaptation en quatre épisodes de l’ouvrage Le Suicide français, écrit par Éric Zemmour. Cette décision a provoqué une vive réaction de + Libres, une organisation syndicale autonome, qui dénonce un parti pris politique de la direction en faveur du président du parti Reconquête, également probable candidat à l’élection présidentielle.
Un livre polémique devenu série. Publié en 2014, Le Suicide français est un essai dans lequel Éric Zemmour dresse un tableau pessimiste de l’histoire récente de la France, qu’il décrit comme un déclin accéléré depuis les années 1970. L’ouvrage a été un succès de librairie mais aussi une source de polémiques récurrentes en raison de ses analyses sur l’immigration, l’islam et la mémoire nationale. L’adaptation télévisée, produite par la société de production du groupe, reprend la trame du livre sous une forme documentaire.
Un calendrier jugé opportuniste. La diffusion, prévue à quelques semaines de l’élection présidentielle et alors qu’Éric Zemmour est pressenti pour briguer un mandat, interroge sur le timing. Le syndicat + Libres estime que cette programmation « instrumentalise l’audiovisuel public au profit d’une ambition personnelle ». Dans un communiqué, il accuse la direction de Canal+ de « mettre son outil de diffusion au service d’une campagne politique » et de « faire fi de toute déontologie journalistique ». L’organisation souligne que le groupe, contrôlé par Vincent Bolloré, entretient des liens étroits avec des figures de la droite radicale et de l’extrême droite.
La direction défend son choix. Contactée par l’AFP, la direction de Canal+ a justifié la programmation par la « liberté éditoriale » et le « droit du public à accéder à des contenus variés ». Elle rappelle que Planète+ est une chaîne documentaire dont la mission est de proposer des œuvres de réflexion et de débat, sans parti pris. Aucun commentaire n’a été fait sur l’éventuelle participation d’Éric Zemmour à la promotion de la série.
Un précédent dans le groupe. Ce n’est pas la première fois que Canal+ est critiqué pour son traitement de l’actualité politique. En 2022, la chaîne CNews, également propriété de Vincent Bolloré, avait été accusée par plusieurs associations de journalistes de donner une tribune démesurée à des figures d’extrême droite. Le CSA (devenu Arcom) avait alors rappelé la chaîne à ses obligations en matière de pluralisme. La diffusion de ce programme sur Planète+ relance le débat sur l’influence des propriétaires de médias sur le contenu éditorial.
Une controverse qui s’installe. L’intersyndicale de Canal+ a annoncé qu’elle pourrait saisir le conseil d’administration du groupe si la diffusion était maintenue. De leur côté, des associations de défense des droits humains et des collectifs antiracistes ont appelé à une mobilisation devant le siège de la chaîne le 23 juin. Éric Zemmour, qui n’a pas encore officiellement déclaré sa candidature, voit dans cette exposition médiatique une occasion de peser dans le débat public avant l’élection.