La controverse autour d’une représentation donnée par des élèves de maternelle à Montreuil prend une ampleur nationale. Le ministre de l’Éducation nationale s’est déclaré « choqué » par le contenu de ce spectacle, tandis que la mairie de la ville et les services académiques de Seine-Saint-Denis rejettent formellement toute accusation d’apologie du terrorisme.
Un spectacle qui mêlait histoire et arts vivants
Le 5 juin, les enfants de l’école maternelle Jules-Renard ont présenté un spectacle intitulé « Les enfants aussi ont une histoire ». Ce projet, mené dans le cadre du dispositif « Notre école, faisons-la ensemble », visait à familiariser les élèves avec la période de la Seconde Guerre mondiale à travers des saynètes et des chants. Selon la description fournie par la mairie, les jeunes écoliers portaient des accessoires factices — des armes en carton — afin d’illustrer des épisodes de la Résistance.
La réaction du ministre et l’enquête administrative
Informé de la polémique, le ministre de l’Éducation nationale a exprimé sa « stupéfaction » sur les réseaux sociaux, déclarant que « faire jouer la Résistance avec des armes factices à des enfants de 5 ans est inacceptable ». Il a annoncé que les services académiques diligenteraient une enquête administrative « pour faire toute la lumière » sur cette affaire. Dans un communiqué, le ministère a confirmé attendre « les conclusions de l’enquête administrative en cours » avant de se prononcer définitivement.
Une accusation jugée infondée par la mairie
La maire de Montreuil a vivement réagi, estimant que le ministre « alimente une polémique absurde ». Dans un point presse organisé le 8 juin, elle a souligné que le spectacle avait été élaboré avec les enseignants et que les armes factices étaient « clairement identifiées comme des objets de jeu par les enfants ». Elle a rappelé que le travail pédagogique sur la mémoire de la Résistance est inscrit dans les programmes scolaires et que l’accusation d’apologie du terrorisme est « gravissime et totalement infondée ». Elle a également dénoncé une « instrumentalisation politicienne » de l’éducation.
Les enseignants et parents d’élèves divisés
Au sein de l’école, les avis divergent. Certains parents d’élèves, interrogés par la presse locale, se disent « heurtés » par la mise en scène, estimant que le sujet de la guerre est trop complexe pour des enfants de maternelle. D’autres, en revanche, défendent le projet pédagogique, jugeant qu’il permet une première approche de l’histoire « adaptée et encadrée ». Les enseignants de l’école, qui n’ont pas souhaité s’exprimer directement, sont décrits comme « désemparés » par la tournure médiatique de l’affaire.
Le positionnement de l’Éducation nationale sur le terrain
Le directeur académique des services de l’Éducation nationale (Dasen) de Seine-Saint-Denis a apporté un éclairage plus nuancé. Dans un courrier adressé aux équipes pédagogiques, consulté par nos confrères, il indique que « la liberté pédagogique des enseignants est un principe fondamental » mais que « la mise en scène d’actes violents, même symboliques, par des enfants de cet âge interroge légitimement ». Il précise que l’enquête administrative en cours devra déterminer si le projet respectait le cadre règlementaire et les valeurs de la République.
Les précédents et le contexte politique
Cette polémique survient dans un climat politique tendu. Plusieurs élus de l’opposition, à Montreuil comme au niveau national, ont saisi cette affaire pour critiquer la politique éducative de la majorité municipale, qu’ils jugent « trop laxiste » sur le respect de la laïcité et des symboles républicains. La droite et l’extrême droite ont relayé l’information en l’associant à des incidents précédents impliquant des établissements scolaires de Seine-Saint-Denis. La mairie, de son côté, dénonce une « campagne de dénigrement systématique » visant à discréditer son action.
Un projet qui s’inscrit dans un cadre pédagogique reconnu
Le dispositif « Notre école, faisons-la ensemble » est un programme national qui encourage les projets collaboratifs entre enseignants, élèves et partenaires locaux. Plusieurs historiens, interrogés sur le fond, rappellent que l’enseignement de la Résistance a toujours fait partie des programmes du cycle 3 (CM1-CM2) et que des adaptations pour des classes de maternelle existent, mais restent rares et doivent être validées par une équipe pédagogique et les parents.
Les suites attendues
L’enquête administrative devrait rendre ses conclusions dans les prochains jours. Le ministère de l’Éducation nationale s’est engagé à les rendre publiques. En attendant, la polémique continue d’alimenter les débats sur la place de la mémoire et de l’histoire à l’école, et sur les limites de la pédagogie par le jeu.