L'enquête sur la mort du caricaturiste russe Robert Kuzovkov, dit Semyon Skrepetsky, abattu en pleine rue lundi à Biala Podlaska, dans l'est de la Pologne, a connu une avancée significative. Le chef du gouvernement polonais a fait savoir, jeudi 18 juin, qu'un suspect avait été appréhendé par les forces de l'ordre agissant en coordination avec l'Agence de sécurité intérieure (ABW). Selon les informations communiquées par le Premier ministre, cette personne était en possession d'un passeport géorgien. La police de Lublin a précisé que le document correspondait à un homme âgé de 36 ans.

Un meurtre aux motivations politiques

Dès le lendemain du drame, Donald Tusk avait estimé que cet assassinat présentait un caractère politique. Il s'est de nouveau exprimé sur le réseau social X pour confirmer la détention du suspect, sans fournir davantage de précisions sur son identité ou ses liens éventuels avec la victime. Les autorités travaillent désormais à identifier le commanditaire de ce meurtre, a ajouté le Premier ministre, sans entrer dans les détails.

Le vice-ministre des Affaires étrangères, Wladyslaw Bartoszewski, a déclaré à la radio privée Radio Zet que « les Tchétchènes, que cet homme avait vivement attaqués, sont également potentiellement suspects ». Cette déclaration intervient alors que Skrepetsky s'en prenait régulièrement, dans ses dessins satiriques, à des figures politiques russes, parmi lesquelles Vladimir Poutine, le dirigeant soviétique Joseph Staline, l'opposant défunt Alexei Navalny ou encore le chef tchétchène Ramzan Kadyrov.

L'artiste, une cible en exil

Arrivé en Pologne en 2021, Skrepetsky justifiait son départ de Russie par la crainte de persécutions politiques. Il participait, depuis l'étranger, à des rassemblements de l'opposition russe, tout en ne ménageant pas ses critiques à l'égard de cette même opposition. Il s'était récemment livré à une action de protestation à Berlin.

Parmi ses œuvres les plus célèbres figure une réinterprétation d'une icône orthodoxe classique, où Staline tient Poutine dans ses bras à la manière de la Vierge Marie avec l'enfant Jésus.

Deux Biélorusses déjà interpellés

Les jours précédant l'arrestation du principal suspect, deux citoyens biélorusses avaient été placés en garde à vue en lien avec cette affaire. Ils n'ont toutefois pas été mis en examen, ont indiqué les autorités judiciaires. Le parquet a révélé que la victime avait reçu cinq balles, dont une à la tête.

L'enquête se poursuit pour déterminer les responsabilités exactes et le rôle de chaque protagoniste dans cet assassinat qui a suscité une vive émotion en Pologne et au sein de la communauté des opposants russes en exil.