Une avancée pour les patients canadiens
Dès le début juin, les pharmacies canadiennes commenceront à distribuer une version générique du semaglutide, le principe actif de l’Ozempic et du Wegovy. Cette décision de Santé Canada fait du pays le premier membre du G7 à autoriser un tel produit. Pour les quelque trois millions de Canadiens qui utilisent ces traitements contre le diabète de type 2 ou pour la perte de poids, l’arrivée des génériques représente une baisse de coût spectaculaire, les prix étant réduits de plus des deux tiers.
Elizabeth Doran, une retraitée de 69 ans vivant à Ottawa, témoigne des difficultés rencontrées jusqu’à présent. Prescrite pour perdre du poids et ainsi éviter le diabète, elle devait débourser entre 350 et 500 dollars canadiens par mois. « Il me manquait un dixième de point pour être diabétique », explique-t-elle. Pour financer son traitement, elle a dû reprendre des missions d’enseignante remplaçante plusieurs fois par mois. Avec l’arrivée des génériques, elle espère pouvoir maintenir sa perte de poids à moindre frais.
Deux fabricants approuvés, un marché en pleine mutation
Deux entreprises ont obtenu le feu vert de Santé Canada pour commercialiser leur semaglutide générique : le laboratoire indien Dr Reddy’s et le canadien Apotex. Le président-directeur général de Dr Reddy’s, Erez Israeli, a indiqué que son groupe avait déposé des demandes dans plus de 80 pays, notamment aux États-Unis. Il prévoit une disponibilité prochaine en Amérique du Sud, en Afrique et dans la majeure partie de l’Asie, mais pas aux États-Unis, au Royaume-Uni ni en Europe. Apotex, de son côté, a reçu un avis favorable de la Food and Drug Administration (FDA) américaine, mais ne peut pas encore vendre son produit sur le sol américain.
Pourquoi les États-Unis restent à l’écart
La différence de calendrier s’explique par les régimes de brevets. Tahir Amin, directeur général de l’Initiative pour l’accès aux médicaments et aux savoirs (I-MAK), explique que les États membres du G7 permettent aux entreprises pharmaceutiques de prolonger leurs brevets pour compenser les retards réglementaires. Ainsi, le brevet principal sur le semaglutide devrait expirer en 2032 aux États-Unis. Au Canada, Novo Nordisk aurait pu étendre son exclusivité jusqu’en 2028, mais la société n’a pas renouvelé son brevet. « Quelqu’un a laissé tomber la balle, et c’est pourquoi le Canada a des génériques plus tôt », commente Tahir Amin.
Le laboratoire danois Novo Nordisk a réagi en soulignant que cette situation canadienne est « localisée » et ne reflète pas celle des États-Unis, où « l’exclusivité reste intacte ». Néanmoins, l’arrivée des génériques a déjà contraint l’entreprise à réduire ses prix au Canada.
Des précédents d’accès transfrontalier
De nombreux Américains pourraient être tentés de se procurer ces médicaments moins chers au Canada. Ce ne serait pas une première. En 2019, un groupe de citoyens américains avait organisé un « car » pour acheter de l’insuline au Canada, dénonçant les prix prohibitifs aux États-Unis. En 2023, la province de Colombie-Britannique a dû restreindre l’accès à l’Ozempic après avoir constaté que 15 % des prescriptions provenaient de patients américains, souvent via des pharmacies en ligne canadiennes. L’ancien ministre de la Santé de la province, Adrian Dix, avait alors déclaré que ces exportations détournaient le médicament de sa mission première.
Un soulagement pour les patients, un espoir pour le système de santé
Esther Linetsky, une autre patiente canadienne, avait dû interrompre son traitement faute de moyens. « Mon médecin voulait augmenter la dose, mais cela signifiait un coût plus élevé, et je ne pouvais pas me le permettre », confie-t-elle. Elle espère désormais reprendre le traitement à un prix abordable.
Avec la baisse des coûts, les autorités sanitaires pourraient également réaliser des économies. Comme le souligne Elizabeth Doran, « en prenant ce médicament, j’économise probablement beaucoup d’argent au système de santé ». De fait, la prévention du diabète et des maladies cardiovasculaires pourrait réduire les dépenses publiques à long terme.
L’arrivée des génériques au Canada intervient après que l’Inde a approuvé des dizaines de versions à bas coût cette année, poussant Novo Nordisk à réduire ses prix de près de 50 % dans ce pays. La concurrence mondiale s’intensifie, mais les patients américains devront patienter encore plusieurs années avant de voir une alternative abordable sur leur marché.