Le président russe Vladimir Poutine a rejeté vendredi l’offre de son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky de le rencontrer en personne pour négocier la fin du conflit, déclarant ne voir « aucun intérêt pour l’instant » à un tel sommet. Cette réponse a été formulée lors de la session plénière du Forum économique international de Saint-Pétersbourg.

Zelensky avait adressé la veille une lettre ouverte à Poutine, l’invitant à des discussions directes et à instaurer un cessez-le-feu. Le président ukrainien y adoptait un ton à la fois ferme et ironique, estimant qu’il serait « erroné de simplement attendre » que les États-Unis – dont l’attention est désormais accaparée par d’autres crises – se réinvestissent dans le dossier.

Interrogé sur cette proposition, Poutine a estimé que la missive contenait « des remarques plutôt grossières » et qu’elle visait moins à organiser une rencontre qu’à l’éviter. « Était-ce une manière de créer les conditions d’un face-à-face ou de ne pas organiser ce face-à-face ? Je pense que c’était la seconde option », a-t-il dit.

« Les experts doivent d’abord travailler »

Le chef du Kremlin a posé des conditions strictes à toute rencontre future : il a répété que les pourparlers de paix devraient précéder tout cessez-le-feu, car une trêve sans accord ne ferait, selon lui, que permettre à l’Ukraine de se réarmer. « Le seul intérêt, pour la partie ukrainienne, est d’arrêter l’avancée de nos forces armées. Mais nous avons besoin d’accords – pas pour six mois, pas pour trois mois, mais pour le long terme », a-t-il insisté. « Que les experts se mettent au travail et élaborent des solutions. Ensuite, nous pourrons nous rencontrer. »

Il a réaffirmé que les hostilités ne s’arrêteraient que lorsque la Russie aura atteint les objectifs qu’elle s’est fixés, sans préciser lesquels. Moscou réclame depuis des mois le retrait des troupes ukrainiennes des régions de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia, ainsi que l’abandon par Kyiv de toute ambition d’adhésion à l’OTAN, conditions que l’Ukraine juge inacceptables.

Une réponse jugée « faible » par Kyiv

Volodymyr Zelensky a réagi vivement à ce refus dans son allocution vidéo quotidienne. « Malheureusement, la partie russe choisit une fois de plus la guerre – tout le monde a entendu cette réponse. Une réponse faible », a-t-il déclaré. « Je pense que cette réponse aura déçu beaucoup de gens dans le monde. »

Dans sa lettre, Zelensky avait notamment souligné que « après vingt-six ans au pouvoir, l’âge commence à se faire sentir » sur Poutine, et avait évoqué les frappes récentes de drones ukrainiens, dont une ayant touché Saint-Pétersbourg la veille du forum.

Le président américain Donald Trump s’était dit favorable à une telle rencontre, jugeant qu’il « serait formidable » que les deux dirigeants se rencontrent.

Contexte militaire et économique tendu

Ces échanges diplomatiques interviennent alors que les combats se poursuivent sans relâche. Kyiv a annoncé avoir frappé cinq navires transportant des cargaisons illégales en mer d’Azov et dans les eaux côtières des territoires occupés, accusés de « voler » du grain ukrainien et d’acheminer du carburant et des fournitures militaires. Le ministère des Affaires étrangères de l’Azerbaïdjan a indiqué que cinq personnes avaient été tuées lors des frappes sur deux de ces navires, sans désigner de responsable. Par ailleurs, un drone ukrainien a explosé dans le port roumain de Constanta après avoir été dévié de sa trajectoire par des interférences électroniques russes.

Côté ukrainien, les autorités ont rapporté qu’au moins treize personnes avaient été tuées et soixante-dix autres blessées lors d’une série d’attaques russes au cours des dernières vingt-quatre heures. Une frappe sur une laiterie en banlieue de Kyiv a fait quatre morts, et un drone a tué une femme de trente-cinq ans dans une station-service à Kherson.

Sur le plan économique, Poutine a rejeté les critiques selon lesquelles l’effort de guerre ruinerait l’économie russe. « Nous, bien sûr, entendons des critiques de tous côtés disant que tout s’est effondré », a-t-il déclaré. « Nous sommes descendus au même niveau où les pays de la zone euro vivent depuis quelques années. » L’économie russe s’est contractée de 0,2 % au premier trimestre 2026, sa première baisse trimestrielle en trois ans, sous l’effet des sanctions occidentales et du coût du conflit.