Les capitales russe et américaine ont multiplié les signaux diplomatiques en direction de New Delhi ce vendredi 5 juin 2026, au gré de déclarations séparées de Vladimir Poutine et de Donald Trump. Le président russe, s'exprimant jeudi lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, a salué la « grande nation » indienne et réaffirmé la solidité du partenariat stratégique entre Moscou et New Delhi, tout en minimisant l'impact du rapprochement indo-américain sur cette relation historique.
Poutine rejette les pressions occidentales
Interrogé par les journalistes, Vladimir Poutine a déclaré que la coopération de l'Inde avec les États-Unis ne nuit en rien aux liens avec la Russie. « Nous sommes heureux que l’Inde développe ses relations avec tous les pays qu’elle juge importants pour ses intérêts nationaux », a-t-il indiqué. Le chef du Kremlin a également critiqué les tentatives de Washington de faire pression sur l’Inde au sujet de ses relations avec Moscou, qualifiant une telle démarche de « préjudiciable ». « Tout le monde a compris qu’exercer une pression sur le Premier ministre Narendra Modi – et sur l’Inde, le pays le plus peuplé du monde – est dommageable pour les relations internationales et pour les relations bilatérales. Peu importe d’où vient cette pression », a-t-il ajouté.
Ces propos interviennent alors que l’Inde maintient un partenariat de longue date avec la Russie, notamment dans le domaine de la défense, et qu’elle cherche à équilibrer ses relations avec les grandes puissances.
Trump optimiste sur un accord commercial
De son côté, le président américain Donald Trump s’est exprimé depuis le Bureau ovale en évoquant sa « bonne relation » avec Narendra Modi. « Nous parviendrons à un accord parce que j’apprécie beaucoup votre Premier ministre. C’est un bon ami à moi. Nous nous entendons très bien et nous allons conclure un marché », a-t-il affirmé devant les journalistes.
Un compromis commercial initial avait été trouvé en février entre Washington et New Delhi, mais les négociations ont été suspendues après l’invalidation par la Cour suprême des États-Unis de plusieurs mesures tarifaires imposées par l’administration Trump. Cette semaine, une délégation américaine conduite par le négociateur en chef Brendan Lynch s’est rendue dans la capitale indienne pour tenter de finaliser un accord bilatéral intérimaire.
Tout en se montrant confiant, Donald Trump a accusé l’Inde d’avoir « profité » des politiques américaines pendant des années, en appliquant des droits de douane « énormes » sans contrepartie. « Pendant des années, l’Inde a profité des États-Unis… Ils nous ont imposé des tarifs considérables et n’ont rien payé… Aujourd’hui, c’est exactement l’inverse, et nous gagnons beaucoup d’argent avec l’Inde », a-t-il déclaré.
Des droits de douane supplémentaires en toile de fond
Ces échanges surviennent alors que Washington a récemment annoncé l’imposition de taxes additionnelles de 12,5 % sur les marchandises importées d’Inde et de 53 autres économies, au motif que ces pays n’auraient pas empêché l’entrée sur le marché américain de produits fabriqués grâce au travail forcé. Cette mesure ajoute une tension supplémentaire aux négociations commerciales bilatérales.
Un équilibre délicat pour New Delhi
Les déclarations simultanées des deux dirigeants illustrent la place centrale qu’occupe l’Inde dans les stratégies géopolitiques et économiques des grandes puissances. New Delhi, qui entretient des liens historiques avec Moscou tout en renforçant son partenariat stratégique avec Washington, doit naviguer entre les attentes divergentes de ses interlocuteurs. Si Vladimir Poutine se montre compréhensif quant à la diversification des alliances indiennes, Donald Trump, lui, exige des concessions commerciales tangibles.
La visite du leader du « parti satirique des Cafards » en Inde, évoquée dans le même fil d’actualité, rappelle également les enjeux politiques internes que connaît le pays, même si cet épisode mineur ne semble pas peser à ce stade sur les dynamiques diplomatiques décrites.