Selon des chiffres publiés pour la première fois par les autorités sanitaires anglaises, près de 3 000 patients pris en charge par le NHS se voient chaque jour administrer des soins dans des espaces non adaptés, faute de lits disponibles. Cette pratique, qualifiée de « scandale national » par des représentants médicaux, a été dénoncée comme indigne et dangereuse par le gouvernement.
Les données, qui portent sur le mois de mai, font état d'une moyenne de 2 241 cas quotidiens de patients soignés dans des couloirs de services d'urgences pendant plus de 45 minutes. À cela s'ajoutent 699 patients par jour placés dans d'autres lieux cliniquement impropres, notamment des débarras, des toilettes ou des parkings. Le ministre de la Santé, James Murray, a jugé cette situation « inacceptable, indigne et n'ayant pas sa place dans notre NHS », ajoutant que la publication de ces statistiques vise à identifier les établissements où les difficultés sont les plus aiguës afin de leur apporter un soutien adapté.
Un phénomène concentré
L'analyse menée par le NHS révèle que vingt établissements de santé concentrent plus de la moitié des cas de soins en couloir dans les services d'urgences. De même, vingt autres trusts hospitaliers représentent plus des deux tiers des situations similaires dans les autres services. Cette concentration suggère que des disparités régionales importantes existent, même si les sources ne précisent pas quelles sont les zones les plus touchées.
Les critères retenus pour définir un environnement de soins inapproprié incluent l'absence de vie privée, l'accès limité à l'eau et à la nourriture, ainsi qu'un niveau sonore trop élevé pour permettre le repos des patients. Les autorités se sont engagées à éradiquer complètement cette pratique d'ici à 2029.
Des témoignages de patients et de soignants
Des récits de patients et de personnels soignants illustrent la gravité de la situation. Suzanne, une habitante des East Midlands, a conduit sa mère octogénaire aux urgences à cinq reprises cette année. À chaque fois, elles ont attendu plus de vingt-quatre heures dans un couloir. « Maman n'était qu'un brancard parmi une mer de brancards », a-t-elle raconté. Elle a ajouté que sa mère, confuse et angoissée, n'avait pu être aidée pour aller aux toilettes ou recevoir à boire que grâce à la présence de sa famille, et qu'elle redoutait ce qui aurait pu arriver sans cette aide.
Une autre patiente, Kathy, envoyée par son médecin traitant pour une suspicion d'infection oculaire, a attendu trente-six heures seule sur une chaise dans un hôpital de l'Est de l'Angleterre avant d'apprendre que sa vision trouble était due à une tumeur cérébrale. Elle a qualifié cette expérience d'« horrible », se disant « épuisée et brisée ».
Des infirmières ayant requis l'anonymat ont décrit un épuisement professionnel et des conditions de travail impossibles. L'une d'elles a évoqué un service où les couloirs étaient bondés de patients, obligeant le personnel à faire passer un brancard transportant un corps vers la morgue devant les malades. Peu après, un autre patient a été victime d'un arrêt cardiaque dans le même couloir. « Ces patients fragiles ont regardé des compressions thoraciques. Il n'y a aucune dignité là-dedans », a-t-elle commenté.
Une autre soignante a comparé son service d'urgence à une « zone de guerre », rapportant le cas d'un patient décédé sans que personne ne s'en aperçoive dans le couloir. « Il avait commencé à se raidir parce qu'il était resté là si longtemps, mort, sans que personne ne le remarque. C'est horrible de penser qu'un proche de quelqu'un est mort sans personne à ses côtés », a-t-elle confié.