Une thématique de campagne montante

À mesure que l'élection présidentielle de 2027 se rapproche, l'intelligence artificielle (IA) s'affirme comme un enjeu politique majeur en France. Plusieurs prétendants à l'Élysée ont déjà commencé à détailler leurs orientations sur le sujet, avec des degrés d'avancement et d'ambition très variables. Le spectre des approches va d'une vision jugée particulièrement structurée à des positions encore balbutiantes.

Jean-Luc Mélenchon, une vision complète et de longue date

Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise, dispose de la proposition la plus élaborée en matière d'intelligence artificielle. Le dirigeant de gauche a développé, au fil des années, un corpus cohérent qui aborde à la fois les aspects économiques, éthiques et sociaux de la transformation numérique. Son programme prévoit des investissements massifs dans la recherche publique, une régulation stricte des algorithmes et des plateformes, ainsi qu'une réflexion sur l'impact de l'automatisation sur l'emploi. Cette approche, qui se veut systémique, se distingue par sa volonté de placer l'IA sous le contrôle de la puissance publique et de la soumettre à des objectifs d'intérêt général, tels que la transition écologique et la réduction des inégalités.

Gabriel Attal, une priorité affichée et des mesures concrètes

De son côté, Gabriel Attal, ancien Premier ministre et figure montante de la majorité sortante, a fait de l'IA l'un des axes forts de son projet. Il s'est employé à démontrer que ce sujet était une priorité de son action, notamment lorsqu'il était à la tête du gouvernement. Ses propositions s'inscrivent dans une logique de souveraineté technologique et d'attractivité économique. Il prône un soutien accru aux start-up françaises du secteur, le développement de filières de formation d'excellence en data science et en ingénierie, ainsi qu'un cadre juridique favorable à l'innovation, tout en posant des garde-fous éthiques. Pour lui, la France doit devenir l'un des leaders mondiaux de l'IA, en misant sur la qualité de ses talents et de sa recherche.

Édouard Philippe, un retard comblé par une approche libérale

Édouard Philippe, l'ancien locataire de Matignon devenu président du parti Horizons, semble avoir longtemps tardé à se saisir pleinement du sujet. Il rattrape aujourd'hui son retard en proposant une ligne clairement libérale. Son programme mise sur la dérégulation, la baisse des impôts pour les entreprises innovantes et la création d'un environnement propice aux investissements privés, y compris étrangers. Il met l'accent sur le rôle moteur des acteurs privés dans la recherche et le déploiement de l'IA, estimant que l'État doit avant tout lever les freins réglementaires et fiscaux. Cette approche, qui se veut pragmatique et pro-business, contraste avec la vision plus dirigiste de Jean-Luc Mélenchon.

Le Rassemblement national, des positions en retrait

Le Rassemblement national apparaît, en revanche, en net décalage sur cette thématique. Le parti d'extrême droite n'a, pour l'heure, pas élaboré de programme circonstancié sur l'intelligence artificielle. Ses prises de position sur le sujet sont rares et souvent diluées dans des discours plus généraux sur la souveraineté nationale ou la protection des données. Ce flou contraste avec l'investissement des autres candidats et pourrait constituer une faiblesse dans une campagne où le numérique occupe une place croissante. Les propositions qui émergent de ses rangs demeurent peu opérationnelles et manquent de détails concrets.

Un enjeu qui gagne en importance

Au-delà des candidats les plus en vue, ce sont les équipes de campagne qui commencent à structurer leurs réflexions sur l'IA. Le sujet est devenu incontournable, non seulement pour ses implications économiques et technologiques, mais aussi pour ses conséquences en matière de démocratie, de vie privée et de cohésion sociale. Les Français, de plus en plus exposés aux applications de l'IA dans leur quotidien, sont également plus attentifs aux positions des politiques. La capacité à proposer un projet crédible et ambitieux en la matière pourrait, à terme, peser dans les urnes.