À moins d’un an du premier tour de l’élection présidentielle de 2027, la réforme des retraites revient au premier plan du débat politique. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) doit adopter ce jeudi un nouveau rapport dont les projections financières assombrissent les perspectives du système. Selon le projet de document, le déficit du régime atteindrait 2,4 % du produit intérieur brut (PIB) à l’horizon 2070, contre 1,4 % dans l’estimation précédente. Cette dégradation s’explique notamment par le recul de la natalité attendu dans les décennies à venir.

Le rapport du COR indique que, pour rétablir l’équilibre du seul paramètre de l’âge, il faudrait porter l’âge moyen de départ à la retraite à 67 ans et demi. Ce chiffre nourrit les débats entre les candidats déclarés ou pressentis, alors que la réforme portée par l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne reste suspendue, avec un âge légal fixé à 62 ans et neuf mois et 170 trimestres de cotisation exigés. Ce dispositif doit reprendre sa progression à partir de 2028 pour atteindre 64 ans et 43 années de cotisation, sauf si un nouveau texte est voté après l’élection.

Des lignes de fracture nettes au sein du camp présidentiel

Dans la majorité sortante, les positions divergent fortement. Le chef de Renaissance, Gabriel Attal, propose de supprimer purement et simplement l’âge légal de départ, tout en maintenant une durée de cotisation minimale. Il estime qu’une telle mesure offrirait une plus grande liberté de choix aux actifs. En revanche, le président d’Horizons, Édouard Philippe, se montre sceptique sur cette approche. Il juge peu réaliste un système qui renverrait à chaque salarié la responsabilité d’équilibrer collectivement le financement. Tout en restant évasif sur un âge précis, il affirme que les Français devront travailler un peu plus longtemps, sans que cette augmentation soit nécessairement uniforme pour tous.

À droite et à l’extrême droite, des approches contrastées

Chez Les Républicains, le candidat déclaré Bruno Retailleau se prononce en faveur d’un âge légal porté à 65 ans, une position défendue par Valérie Pécresse lors de la précédente élection présidentielle.

Au Rassemblement national, les déclarations récentes traduisent une certaine tension. La présidente du groupe à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen, a réaffirmé l’objectif de revenir à un départ à 62 ans, voire 60 ans, avec 40 à 42 années de cotisation. Cependant, le président du parti, Jordan Bardella, a indiqué début mai à la presse allemande que le RN examinait la possibilité d’un relèvement de l’âge légal. Il a ensuite nuancé ses propos en estimant que la durée de cotisation importe davantage que l’âge, et promis la présentation prochaine d’un nouveau système.

À gauche, des propositions diverses

Les candidats de gauche avancent également des positions différenciées. Le Parti socialiste souhaite ramener l’âge légal à 62 ans sans en faire le critère central du dispositif, et fixe une durée de cotisation de 43 ans, pouvant être réduite en fonction de la pénibilité des métiers. Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, continue de défendre un retour au droit à la retraite à 60 ans pour 40 années de cotisation. De son côté, Raphaël Glucksmann (Place publique) ne souhaite pas détailler une réforme mais assure que l’âge ne sera pas « un totem absolu », et que son projet sera centré sur la durée de cotisation et la pénibilité.

Un enjeu politique majeur

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a estimé mardi qu’un candidat doit avoir le courage de reconnaître le problème de financement lié à la démographie. Elle a rappelé que l’âge n’est pas le seul levier possible, d’autres pistes comme la hausse des cotisations, la baisse des pensions ou la taxation du capital pouvant être explorées. Alors que le rapport du COR est attendu dans la journée, le débat sur l’âge de départ à la retraite promet d’occuper une place centrale dans la campagne.