L'État le plus peuplé des États-Unis s'apprête à vivre un scrutin majeur. Pour la première fois en plus de vingt ans, les Californiens vont choisir un nouveau gouverneur qui n'est pas encore une figure nationale. Le départ de l'actuel locataire du bureau du gouverneur, Gavin Newsom, ouvre une compétition inédite, dont la primaire du 2 juin constitue la première étape.
Le mode de scrutin singulier de la Californie, l'un des deux seuls États américains à utiliser la « jungle primary », permet à tous les électeurs, quelle que soit leur affiliation partisane, de voter pour n'importe quel candidat. Les deux candidats arrivés en tête, tous partis confondus, s'affronteront lors du scrutin général de novembre. Cette spécificité rend la course vulnérable à une surprise, la division des votes démocrates pouvant favoriser l'accession au second tour d'un candidat républicain.
La campagne pour la succession de Gavin Newsom a été tumultueuse. Elle avait débuté par une possible candidature de l'ancienne vice-présidente Kamala Harris, avant que celle-ci n'y renonce. Le sénateur Alex Padilla avait également envisagé de se lancer, avant de se retirer. Plus récemment, le représentant Eric Swalwell a vu sa campagne s'effondrer à la suite d'allégations d'inconduite sexuelle, le contraignant à démissionner du Congrès en avril. Les électeurs se retrouvent aujourd'hui à devoir départager une demi-douzaine de candidats sérieux, peinant souvent à susciter l'enthousiasme.
Deux démocrates en tête
La compétition la plus intense oppose deux favoris démocrates : Tom Steyer, financier milliardaire qui a mené une campagne très à gauche, et Xavier Becerra, ancien procureur général de l'État et secrétaire à la Santé sous l'administration Biden. Becerra, qui pourrait devenir le premier gouverneur latino de l'ère moderne en Californie, met en avant son expérience gouvernementale, se présentant comme le candidat n'ayant pas besoin de « roues stabilisatrices » pour diriger l'État. Tom Steyer, qui s'était déjà présenté à la primaire présidentielle démocrate de 2020, mise sur un programme résolument progressiste et sur sa fortune personnelle pour financer sa campagne.
Côté républicain, deux candidats se distinguent : Steve Hilton, ancien animateur de Fox News, et un autre candidat républicain. Le président Donald Trump a apporté son soutien à Steve Hilton, lui donnant un avantage pour décrocher l'une des deux places qualificatives pour le scrutin de novembre, alors que le camp républicain ne compte que deux candidats sérieux face à une multitude de concurrents démocrates.
L'enjeu du redécoupage électoral
Cette primaire est également la première à se dérouler avec la nouvelle carte électorale de l'État, issue de la Proposition 50, une initiative portée par Gavin Newsom. Ce redécoupage, qui répond à des initiatives similaires menées dans des États républicains comme le Texas, est conçu pour favoriser le Parti démocrate et lui permettre de gagner cinq sièges supplémentaires à la Chambre des représentants lors des élections de novembre. La bataille pour le contrôle de la Chambre des représentants, où les démocrates espèrent reprendre la majorité, passe donc en grande partie par la Californie.
La course à la succession de Nancy Pelosi
Une autre élection très symbolique est celle du 11e district de Californie, qui couvre San Francisco. L'actuelle représentante, la démocrate Nancy Pelosi, première femme à avoir présidé la Chambre des représentants, a annoncé son départ à la retraite après quatre décennies de mandat. Sa succession donne lieu à une primaire disputée. Le favori est le sénateur d'État Scott Wiener, un modéré qui a fait campagne sur le logement abordable. Il fait face à deux challengers progressistes : Saikat Chakrabarti, ancien chef de cabinet de la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, et Connie Chan, une superviseure de San Francisco qui a reçu le soutien de Nancy Pelosi elle-même.
Maire de Los Angeles et autres scrutins
La course à la mairie de Los Angeles, la plus grande ville de l'État, est également scrutée de près. La maire sortante, Karen Bass, tente de repousser les assauts de deux challengers, dont une ancienne star de la télé-réalité. Par ailleurs, de nombreux postes à l'échelle de l'État sont à pourvoir, notamment ceux de procureur général, trésorier et lieutenant-gouverneur. Le siège de sénateur américain n'est pas en jeu en Californie cette année.
Un dépouillement lent
Les résultats de cette primaire pourraient ne pas être connus dans la nuit du mardi 2 juin. La Californie compte ses voix lentement, et les bulletins de vote par correspondance, envoyés à tous les électeurs actifs, doivent être postmarkés au plus tard le jour du scrutin et arriver aux bureaux électoraux des comtés avant le 9 juin pour être comptabilisés. L'attention reste donc focalisée sur les premières tendances, qui donneront une indication sur les forces en présence pour la bataille de novembre.