Deux hommes ont été condamnés à de lourdes peines de prison par la cour criminelle centrale de Londres (Old Bailey) pour avoir travaillé au profit des services de renseignement chinois sur le sol britannique. Chi Leung « Peter » Wai, 40 ans, agent de la Border Force (forces frontalières) au Royaume-Uni, a écopé de dix ans de réclusion, tandis que Chung Biu « Bill » Yuen, 65 ans, ancien officier de police de Hong Kong reconverti en gestionnaire de bureau au sein du Bureau économique et commercial de Hong Kong à Londres, a été condamné à huit ans d’emprisonnement.

Les deux hommes, qui possèdent la double nationalité chinoise et britannique, ont été reconnus coupables d’assistance à un service de renseignement étranger, une infraction relevant du National Security Act (loi sur la sécurité nationale). Wai a en outre été reconnu coupable de manquement aux devoirs de sa charge pour avoir utilisé son accès au système informatique du ministère de l’Intérieur afin de consulter les données personnelles de résidents étrangers présents au Royaume-Uni.

Une « opération de police de l’ombre »

Les faits se sont déroulés entre décembre 2023 et mai 2024. Selon les enquêteurs, les deux condamnés ont mené une « opération de police de l’ombre » pour le compte des autorités de Hong Kong — et, par extension, de l’État chinois. Leur mission consistait à surveiller des dissidents pro-démocratie originaires de Hong Kong qui avaient trouvé refuge au Royaume-Uni après les répressions qui ont suivi les manifestations de 2019.

Le juge Bobbie Cheema-Grubb a déclaré lors du prononcé de la peine que « l’activité moderne des services de renseignement étrangers ne se limite pas à l’espionnage orthodoxe de secrets militaires ou gouvernementaux. Elle peut prendre la forme de surveillance, de collecte d’informations, d’intimidation et de ciblage de dissidents et de personnes qui ont cherché la protection des lois de ce pays. » Elle a ajouté que les actions des deux hommes « menacent la souveraineté de l’État ».

L’agent infiltré et le receleur

Wai, qui a servi comme officier de police de la Metropolitan Police de 2015 à 2019, puis comme agent de la Border Force à l’aéroport d’Heathrow à partir de décembre 2020, a utilisé ses accès privilégiés à une vaste base de données sur les étrangers pour identifier et tracer des Hongkongais ayant fui leur territoire. Il les livrait ensuite à ses contacts chinois. Il a également recruté un collègue de la Border Force, Matthew Trickett, un ancien soldat des Royal Marines, pour l’assister dans ses filatures. Trickett a été retrouvé mort peu après leur interpellation, dans un suicide présumé. Son enquête judiciaire doit avoir lieu en novembre.

Yuen, ancien officier supérieur de la police de Hong Kong, servait d’intermédiaire entre Wai et les autorités chinoises. Après avoir quitté la police hongkongaise, il était employé comme responsable de bureau au Bureau économique et commercial de Hong Kong à Londres. Le tribunal a appris que les deux hommes avaient notamment surveillé d’anciens résidents de Hong Kong, dont Monica Kwong, qu’ils avaient tenté d’enlever de son domicile à Pontefract, dans le West Yorkshire, le 1ᵉʳ mai 2024. L’attention des espions s’est également portée sur des personnalités politiques britanniques, en particulier le député conservateur Sir Iain Duncan Smith.

Des peines dissuasives

Wai a été condamné à six ans de prison pour assistance à un service de renseignement étranger et à quatre ans supplémentaires pour manquement aux devoirs de sa charge, soit une peine totale de dix ans. Yuen a écopé de huit ans d’emprisonnement. Les deux hommes avaient nié les faits.

Dans la salle d’audience, plusieurs militants pro-démocratie de Hong Kong ont assisté au verdict. Parmi eux se trouvait un activiste sur la tête duquel les autorités de Hong Kong ont mis à prix un montant d’un million de dollars de Hong Kong (environ 100 000 livres sterling).

Des réactions officielles

La commandante Helen Flanagan, cheffe de la lutte antiterroriste de la police londonienne, a qualifié les activités de Wai et Yuen de « véritablement glaçantes ». Elle a souligné qu’ils « espionnaient et ciblaient des individus au Royaume-Uni qui étaient des militants pro-démocratie et qui protestaient simplement contre les autorités hongkongaises et chinoises ».

L’ambassade de Chine à Londres a réagi en qualifiant l’affaire de « coup politique consistant à abuser de la loi ».

Le procès a mis en lumière la vulnérabilité des exilés hongkongais au Royaume-Uni face aux tentatives d’ingérence de Pékin, et la capacité des services de sécurité britanniques à détecter et démanteler des réseaux de renseignement étrangers opérant sur leur territoire.