Une comparution silencieuse
Samedi 31 mai 2026, la lanceuse d'alerte Sarah Wynn-Williams était attendue au festival littéraire de Hay pour une table ronde avec la journaliste Carole Cadwalladr et l'universitaire Tim Wu. Au lieu de prendre la parole, elle est restée assise sans prononcer un mot pendant toute la durée de l'échange. Ses avocats lui avaient interdit de parler, de hocher ou de secouer la tête, en raison d'une procédure d'arbitrage lancée par Meta, la maison mère de Facebook.
En introduction, Carole Cadwalladr a ironisé sur cette situation inédite, comparant l'auteure à une otage et lui demandant de cligner des yeux pour répondre. Le public a réservé une ovation debout à Sarah Wynn-Williams à l'issue de la séance, provoquant son émotion aux larmes.
Les restrictions touchent aussi l'avocat
Le lendemain, l'avocat de la lanceuse d'alerte, Ravi Naik, a confirmé que les termes de la procédure d'arbitrage l'empêchaient également, en tant qu'« agent » de sa cliente, de promouvoir le livre Careless People ou de tenir des propos dénigrants envers l'entreprise. Il a déclaré n'avoir jamais été confronté à une situation où sa cliente ne pouvait exprimer sa vérité et où lui-même ne pouvait l'assister. Selon lui, toute infraction exposerait sa cliente à des dommages punitifs.
Contexte et implications
Le livre Careless People, best-seller qui détaille les années de travail de Sarah Wynn-Williams chez Facebook, a suscité des poursuites judiciaires de la part de Meta. La décision d'arbitrage intérimaire, rendue publique en mars 2025, interdit à l'ancienne employée et à ses représentants de faire la promotion de l'ouvrage ou de critiquer le groupe. Cette affaire pose la question des limites de la liberté d'expression des lanceurs d'alerte face aux procédures d'arbitrage privées, souvent confidentielles. Le festival de Hay, rendez-vous culturel majeur, s'est trouvé au cœur de ce bras de fer juridique.