Plusieurs centaines d’accompagnantes d’élèves en situation de handicap (AESH) se sont rassemblées à Paris, ce mardi 9 juin, à l’appel d’une large intersyndicale. Les manifestantes dénoncent des salaires jugés insuffisants, une absence de reconnaissance et des conditions de travail éprouvantes, tant sur le plan physique que mental. Elles réclament l’accès à un véritable statut de fonctionnaire, actuellement réservé à une minorité d’entre elles.
« Quand on dit AESH, on dégringole dans l’esprit de certaines personnes », témoigne l’une des participantes, résumant le sentiment de déconsidération ressenti par ces professionnelles. Leur revendication centrale porte sur l’obtention d’un corps de catégorie B dans la fonction publique, assorti d’un salaire décent. Actuellement, le statut précaire de la majorité des AESH les prive de garanties essentielles, alors qu’elles exercent une mission d’accompagnement individuel auprès d’élèves handicapés, souvent en situation de grande vulnérabilité.
Des conditions de travail difficiles
Les accompagnantes décrivent une fatigue accumulée, liée à la fois à la charge émotionnelle du métier et à la faiblesse des rémunérations. « Épuisées physiquement et mentalement », confie une manifestante, expliquant devoir souvent cumuler plusieurs contrats ou travailler au-delà de leur temps de service pour joindre les deux bouts. La précarité contractuelle et l’absence de perspectives d’évolution de carrière sont également pointées du doigt.
Les syndicats estiment que la promesse d’une école réellement inclusive ne pourra être tenue sans une reconnaissance statutaire et financière à la hauteur de l’investissement de ces agents. Ils rappellent que le système éducatif français compte des milliers d’AESH, majoritairement des femmes, qui interviennent au quotidien auprès d’enfants présentant des handicaps variés, nécessitant une attention et une adaptation constantes.
Une fonctionnarisation limitée
Si la ministre de l’Éducation nationale a, par le passé, évoqué une « fonctionnarisation » des AESH, celle-ci reste pour l’instant circonscrite à une proportion très réduite de l’effectif total. Les annonces gouvernementales successives n’ont pas, selon les manifestantes, répondu à l’urgence de la situation. Le mouvement de grève de ce mardi visait à maintenir la pression sur l’exécutif pour obtenir des avancées concrètes, notamment la transformation des contrats de droit public en un véritable statut de fonctionnaire de catégorie B, avec une grille indiciaire revalorisée.
Au-delà de la question salariale, les AESH réclament également des moyens supplémentaires pour l’accompagnement des élèves handicapés : des effectifs plus nombreux, une formation renforcée et une meilleure coordination avec les enseignants et les familles. Elles estiment que le manque de moyens humains et matériels compromet la qualité de l’accompagnement et, in fine, l’inclusion scolaire.
Un mouvement soutenu par une large intersyndicale
L’appel à la grève a été relayé par plusieurs organisations syndicales représentatives de l’Éducation nationale, qui dénoncent un « mépris » persistant à l’égard de ces personnels. Des rassemblements étaient prévus dans plusieurs villes de France, et pas uniquement dans la capitale. À Paris, le cortège s’est élancé en direction du ministère de l’Éducation nationale pour remettre une pétition et un cahier de doléances.
Les syndicats espèrent que cette mobilisation, couplée à une pétition en ligne qui a déjà recueilli plusieurs milliers de signatures, contraindra le gouvernement à ouvrir des négociations. Ils rappellent que le statut de fonctionnaire garantirait non seulement une rémunération plus juste, mais aussi des droits sociaux et une protection contre les licenciements abusifs, là où les AESH sont aujourd’hui souvent employées sur des contrats à durée déterminée, renouvelés d’année en année.
En attendant une éventuelle réponse de l’exécutif, les accompagnantes d’élèves handicapés entendent poursuivre leur action, déterminées à ne plus être « les invisibles de l’Éducation nationale ». Leur combat pour la reconnaissance et la dignité professionnelle pourrait servir de test pour la politique d’inclusion scolaire promise par le gouvernement.