La Corée du Nord a officialisé, mardi 23 juin, l'entrée en service de son premier destroyer de 5 000 tonnes, le Choe Hyon, lors d'une cérémonie organisée dans le port occidental de Nampo. Le dirigeant Kim Jong Un a prononcé un discours dans lequel il a présenté cet événement comme une étape majeure dans le programme de nuclearisation de la marine nationale, insistant sur la nécessité de transformer la flotte en une force dotée de « moyens stratégiques ».

Selon l'agence officielle KCNA, le navire sera chargé de la défense de la côte occidentale du pays. Les autorités nord-coréennes affirment qu'il embarque certains des « systèmes d'armes les plus puissants » jamais déployés, incluant des missiles antiaériens et antinavires ainsi que des missiles balistiques et de croisière à capacité nucléaire. Le dirigeant a lui-même supervisé un tir d'essai de missile de croisière depuis le bâtiment.

Un cap stratégique pour la marine

Kim Jong Un a souligné que l'armement nucléaire de la marine constituait désormais un « cap stratégique » devant permettre des opérations « multiformes et efficaces ». « Il est révolu le temps où notre marine existait seulement comme une force de défense des eaux territoriales », a-t-il déclaré lors de la cérémonie. « Elle s'élève désormais en un service à part entière équipé de moyens stratégiques, le programme d'armement nucléaire de la marine suivant son cours planifié sans faillir. »

Le dirigeant a également annoncé la prochaine mise en service d'un second destroyer de même tonnage, le Kang Kon, et s'est engagé à lancer la construction de « navires de guerre stratégiques » de la classe des 10 000 tonnes. Un tel tonnage réduirait symboliquement l'écart avec la marine sud-coréenne et rapprocherait la Corée du Nord des capacités de projection océanique des États-Unis et de leurs alliés.

Des soupçons d'assistance russe

Des responsables sud-coréens et plusieurs experts estiment que ce destroyer a probablement été construit avec l'aide de la Russie, dans le cadre du renforcement des liens militaires entre Pyongyang et Moscou. Ces mêmes analystes émettent toutefois des réserves sur l'état réel de préparation opérationnelle du navire, certains doutant qu'il soit immédiatement apte au service actif.

Le Choe Hyon avait été dévoilé pour la première fois en avril 2025. Depuis, Kim Jong Un en avait fait un symbole de l'ambition nord-coréenne d'étendre sa capacité de frappe préemptive et sa portée opérationnelle en mer. Les essais conduits ces derniers mois, incluant des tirs de missiles de croisière présentés comme nucléaires, visaient à valider son déploiement.

Un virage naval après des années de priorité balistique

Après avoir consacré une décennie au développement accéléré de missiles balistiques, Kim Jong Un oriente désormais une partie de ses efforts vers la marine. Ce changement de priorité s'inscrit dans le cadre des objectifs militaires quinquennaux exposés lors du congrès du Parti des travailleurs en février 2026. La construction d'un sous-marin à propulsion nucléaire figure également parmi les projets en cours.

Pyongyang, qui se qualifie d'« État nucléaire irréversible », présente cette montée en puissance comme une mesure de dissuasion face à Washington et Séoul. La péninsule coréenne reste techniquement en état de guerre depuis la signature de l'armistice de 1953. Kim Jong Un accuse régulièrement les deux alliés de pousser la région « au bord d'une guerre nucléaire ».

Le déploiement du Choe Hyon intervient dans un contexte de tensions régionales accrues et de débats au sein de la communauté internationale sur l'efficacité des sanctions visant à freiner les programmes d'armement nord-coréens.