La vague de violences xénophobes qui secoue l'Afrique du Sud depuis plusieurs semaines prend une nouvelle dimension avec l'ultimatum lancé par des groupes vigilantes et des partis populistes, sommant les migrants en situation irrégulière de quitter le territoire avant le 30 juin 2026. Des manifestations contre l'immigration clandestine, de plus en plus violentes dans plusieurs grandes villes, alimentent les craintes d'une escalade aux conséquences désastreuses pour l'économie nationale et régionale.

Des menaces proférées par des groupes structurés

Des organisations comme « March and March » et « Operation Dudula » sont à l'avant-garde de cette campagne. Selon Jo Veary, codirectrice du Centre africain pour les migrations et la société de l'université du Witwatersrand, ces mouvements radicaux sont soutenus en coulisses par des partis politiques d'extrême droite, notamment ActionSA. Mme Veary popte également des liens avec le parti MK de l'ancien président Jacob Zuma. « Ils rendent les résidents étrangers responsables des lacunes des services sociaux du pays. Au final, il s'agit d'obtenir un soutien politique et des voix lors des élections », explique-t-elle.

Un contexte électoral explosif

L'approche des élections locales prévues en novembre 2026 exacerbe les tensions. Pour de nombreux analystes, la flambée de xénophobie est directement liée à la compétition électorale. Les partis politiques, en quête de soutien, exploitent le mécontentement populaire en désignant les étrangers comme boucs émissaires des défaillances de l'État. « Ce que nous observons actuellement est une crise gouvernementale en Afrique du Sud, dans laquelle les étrangers sont instrumentalisés », résume Jo Veary.

Un impact économique redouté

Au-delà de la crise humanitaire, les experts mettent en garde contre les conséquences économiques. L'instabilité et la montée des violences risquent de dissuader les investisseurs étrangers, fragilisant davantage une économie déjà en difficulté. Si l'Afrique du Sud a connu par le passé des épisodes de violences xénophobes, l'ampleur actuelle des mobilisations et la fixation d'une date butoir inédite pour le départ des migrants pourraient avoir des répercussions durables sur la réputation du pays et son attractivité.

Une situation humanitaire déjà critique

Depuis le début des violences, des milliers d'étrangers, pour la plupart originaires d'autres pays africains, ont été contraints de fuir leur domicile ou leur lieu de travail. Plus de 3 000 ressortissants malawites auraient ainsi été déplacés. Le meurtre d'un citoyen malawien, sur lequel la police enquête, illustre la gravité des faits. Les autorités sud-africaines ont renforcé les mesures de sécurité, mais les forces de l'ordre peinent à contenir les débordements dans plusieurs quartiers sensibles.