Depuis le début de l’été, les feux de forêt se multiplient sur le territoire français, entraînant l’arrestation de plusieurs dizaines de suspects. Si l’immense majorité des incendies sont accidentels – mégots, barbecues –, une part non négligeable résulte d’actes volontaires. Parmi les personnes mises en cause, certaines présentent un profil psychologique particulier : celui du pyromane. Mais cette étiquette, couramment employée, ne correspond qu’à une infime minorité des mis en cause.

Distinguer l’incendiaire du pyromane

« La plupart du temps, les pyromanes sont confondus avec les incendiaires qui constituent la majorité des gens qui mettent le feu. Ils peuvent le mettre pour des raisons diverses : par vengeance ou pour cacher des preuves », explique le psychologue et criminologue Jean-Pierre Bouchard. Les incendiaires agissent donc avec un mobile utilitaire, tandis que le pyromane, lui, n’a pas d’autre objectif que la contemplation des flammes. « Ils mettent le feu parce que cela leur apporte du plaisir en soi », précise-t-il.

Selon les experts, les vrais pyromanes ne représentent que 3 à 5 % des incendiaires volontaires. Un chiffre rappelé aussi bien par le psychiatre Laurent Layet, expert auprès de la Cour de cassation, que par d’autres spécialistes. « Le pyromane n’a pas d’autres motivations que la fascination du feu lui-même », indique Laurent Layet.

Un profil type : homme, jeune, isolé

Les données recueillies auprès de plusieurs cliniciens dessinent un portrait-robot. Il s’agit quasi exclusivement d’hommes, souvent âgés de 18 à 35 ans, socialement isolés et impulsifs. « Ils sont souvent seuls, sans attaches solides, et agissent sur un coup de tête », décrit Laurent Layet. Cette impulsivité les rend d’autant plus dangereux, car ils peuvent récidiver à plusieurs reprises au cours de leur vie.

Parmi eux, un sous-groupe défraie régulièrement la chronique : le pompier-pyromane. Le psychiatre et chercheur en neurosciences Philippe Nuss évoque des individus frustrés « de ne pas faire assez de feux, de ne pas ressentir l’adrénaline associée au fait d’être sur le terrain ». D’autres y voient un moyen de se mettre en valeur en donnant l’impression d’une efficacité exceptionnelle. « Ils vont donner des indices et paraître aux yeux des autres comme extrêmement compétents », ajoute Philippe Nuss.

Un plaisir viscéral, parfois lié à l’excitation sexuelle

Le feu exerce sur ces personnes un attrait puissant, quasi addictif. Selon plusieurs psychiatres interrogés, la vue des flammes provoque une montée d’adrénaline et peut même être associée à une excitation sexuelle ou à un sentiment cathartique. « Le feu crée une excitation dans la tête des pyromanes, ils sont incapables de contrôler leurs impulsions », résume un expert.

Cette dimension pathologique n’exonère pas pour autant les auteurs de leur responsabilité pénale. « Dans la plupart des cas, ces individus ne sont pas déclarés irresponsables pénalement et doivent donc répondre de leurs actes », rappelle Philippe Nuss.

Des poursuites pénales lourdes

Les personnes soupçonnées d’avoir provoqué des incendies volontaires encourent des peines sévères. La destruction de biens par incendie peut être punie de plusieurs années d’emprisonnement, et les peines sont aggravées lorsqu’il y a atteinte aux personnes ou aux espaces naturels protégés. Depuis le début de l’année, 59 suspects ont été interpellés en lien avec des feux de forêt, selon les autorités.

L’affaire la plus emblématique reste celle de l’incendie de la forêt de Fontainebleau, qui a ravagé plus de 2 000 hectares. Un pompier volontaire de 18 ans a été mis en examen et placé en détention provisoire. Il avait dans un premier temps reconnu avoir « mis le feu à des brindilles avec un briquet et de l’essence », avant de revenir sur ses aveux. Son profil illustre la complexité du phénomène des incendiaires.

Enquête scientifique et travail des gendarmes

Pour déterminer l’origine d’un feu, les enquêteurs s’appuient sur des techniques de police scientifique. L’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) intervient sur les lieux des sinistres pour analyser les points de départ, les accélérants éventuels et les traces laissées. Ces expertises permettent de distinguer un départ accidentel d’un acte volontaire. Les spécialistes doivent aussi interpréter le comportement des suspects lors des auditions. La frontière entre un pyromane malade et un incendiaire calculateur est parfois ténue, mais la justice tranche au cas par cas.

Alors que les incendies continuent de menacer forêts et habitations, la traque des pyromanes et des incendiaires reste une priorité pour les forces de l’ordre, qui multiplient les patrouilles et les surveillances.