À 51 ans, Keiko Fujimori dispute pour la quatrième fois la présidence du Pérou. Fille de l'ancien homme fort Alberto Fujimori, décédé en 2024, elle a bâti sa carrière politique sur l'héritage paternel tout en endossant le rôle de première dame à 19 ans, lorsque ses parents ont divorcé. Aujourd'hui, elle mène la formation de droite Fuerza Popular, la plus puissante du pays, et affronte ce dimanche 7 juin le candidat de gauche Roberto Sanchez lors d'un second tour.
Une campagne serrée
Le premier tour du 12 avril avait donné une avance inattendue à Keiko Fujimori. Pendant plusieurs semaines, les enquêtes d'opinion la plaçaient en tête face à son adversaire. Mais un dernier sondage publié jeudi par l'institut Ipsos montre que l'écart s'est résorbé, les deux candidats étant désormais dos à dos. Roberto Sanchez a modéré son programme dans les derniers jours de campagne, ce qui pourrait expliquer cette remontée. Le scrutin de dimanche s'annonce donc extrêmement disputé.
Héritage controversé
Alberto Fujimori est crédité par une partie des Péruviens d'avoir mis fin à l'hyperinflation et à la rébellion maoïste du Sentier lumineux. Mais il a terminé son mandat en disgrâce, condamné pour des détournements de fonds, des violations des droits humains et le meurtre de civils par des escadrons de la mort. Keiko Fujimori elle-même a été incarcérée pour blanchiment d'argent, une affaire qui n'a pas entamé la fidélité de son électorat.
Un électorat partagé
Pour Lorena Aviles, ménagère de 58 ans, le vote pour Keiko est un acte de reconnaissance envers son père : « Fujimori a été le meilleur président que le Pérou ait jamais eu. Depuis son départ, qu'ont fait les autres ? Rien. » Elle estime que les critiques envers Keiko relèvent du sexisme.
D'autres Péruviens sont plus réservés. Eduardo Salazar, employé d'hôpital de 35 ans, confie avoir toujours voté contre Keiko. Cette année, il hésite : « Je pense que son père, même s'il a fait de bonnes choses, a été mauvais pour le pays. Elle veut lui ressembler. Mais j'ai presque envie de voter pour elle pour qu'elle arrête d'essayer. Parce qu'elle ne laissera pas le pays avancer sans elle. »
Parcours politique singulier
Née dans une famille aisée, Keiko Fujimori a étudié l'administration aux États-Unis et épousé un entrepreneur italo-américain, dont elle a divorcé en 2022. Après l'effondrement du régime paternel au tournant du siècle, elle a repris son mouvement populiste de droite, restreint mais fidèle. Elle est devenue une figure incontournable de la vie politique péruvienne, installant des alliés au parquet général et à la défenseure des droits, et contribuant à faire tomber plusieurs adversaires.
Mais la conquête du palais présidentiel lui a toujours échappé. Ses trois précédentes candidatures se sont soldées par des défaites au second tour face à des adversaires moins connus. Ses détracteurs ironisent en disant qu'elle perdrait même contre un pain de Noël.
Défis persistants
Keiko Fujimori peine à séduire certaines catégories de la population, notamment les communautés rurales et autochtones. Son ascension contraste avec celle de son père, fils d'immigrants japonais modestes, devenu un outsider charismatique. Elle est perçue comme éloignée des réalités populaires. Sa campagne devra encore convaincre pour emporter le scrutin.
Un scrutin décisif
Le Pérou, qui a connu une instabilité politique chronique ces dernières années, attend de connaître le nom de son prochain chef d'État. Keiko Fujimori espère enfin transformer l'essai. Son rival Roberto Sanchez mise sur un électorat lassé par la corruption et les promesses non tenues. Les deux camps ont mobilisé leurs soutiens lors de meetings de clôture, jeudi 4 juin à Lima. Le résultat, prévu dans la nuit de dimanche, sera scruté de près.