En Europe, la domination des géants américains et chinois des réseaux sociaux suscite des interrogations croissantes. Meta (propriétaire d'Instagram et Facebook), X (anciennement Twitter) détenu par Elon Musk, ou encore TikTok de ByteDance sont accusés de ne pas lutter suffisamment contre la désinformation, de favoriser la polarisation via leurs algorithmes et de négliger la protection des données personnelles. Plusieurs pays européens débattent par ailleurs d’une interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs, à l’image de l’Australie qui a déjà franchi le pas en décembre dernier.

Des alternatives déjà existantes

Des plateformes conçues en Europe cherchent à répondre à ces préoccupations. La plus connue est Mastodon, développée en Allemagne. Conçue comme une alternative à X, elle se distingue par son fonctionnement décentralisé : les données ne sont pas stockées sur un serveur unique mais réparties entre plusieurs instances indépendantes.

La France a également lancé PeerTube, une plateforme de partage de vidéos développée par l’association à but non lucratif Framasoft. Elle se positionne comme une concurrente de YouTube, le service du groupe Alphabet (maison mère de Google).

L’application française BeReal a connu un bref engouement en 2022. Son principe : les utilisateurs ne peuvent publier qu’une seule image par jour, à un moment variable, sans possibilité de retouche. L’objectif annoncé est de limiter le potentiel d’addiction souvent associé aux réseaux sociaux traditionnels.

Des réseaux respectueux des données

Aux Pays-Bas, le réseau Eurosky propose un accès à des réseaux sociaux indépendants. Il se distingue par un stockage des données décentralisé et conforme au Règlement général sur la protection des données (RGPD) de l’Union européenne.

Plus récemment, l’application suédoise W Social a été lancée symboliquement le 9 mai, à l’occasion de la Journée de l’Europe. Son objectif affiché est de restaurer la confiance des utilisateurs.

Un contexte de défiance

Ces initiatives interviennent dans un climat de méfiance envers les grandes plateformes. Les autorités de sécurité européennes ont mis en garde contre les pratiques de stockage de données de TikTok (ou de sa société mère ByteDance), dont l’ampleur exacte reste inconnue. Des allégations de proximité avec le gouvernement chinois et le Parti communiste ont également alimenté les inquiétudes.

Les critiques visent aussi les algorithmes qui, selon les détracteurs, favorisent les contenus extrêmes et ne font pas assez pour endiguer les fausses informations. La protection des données est particulièrement pointée du doigt dans le cadre de la publicité personnalisée et de l’entraînement des intelligences artificielles internes.

Un avenir à construire

Si ces alternatives existent, leur adoption reste limitée face à des poids lourds comptant jusqu’à 3 milliards d’utilisateurs pour Instagram et près de 2 milliards pour TikTok. L’Union européenne multiplie les efforts législatifs pour encadrer ces géants, mais la capacité des plateformes européennes à séduire le grand public demeure un défi de taille.