Le ministère américain de la Justice a annoncé, mardi 16 juin, l’inculpation de quinze personnes pour avoir prétendument entravé les opérations des agents fédéraux chargés de l’immigration dans le Minnesota. Les charges, détaillées lors d’une conférence de presse par le procureur fédéral Daniel Rosen, incluent le complot en vue d’entraver ou de blesser des agents fédéraux, la sollicitation à commettre des actes de violence, les menaces et le harcèlement interétatiques, les voies de fait contre des agents fédéraux ainsi que la destruction de biens publics.
Selon les informations fournies par M. Rosen, douze des prévenus ont été placés en garde à vue mardi matin. Un treizième se trouvait déjà sous les verrous pour d’autres motifs, tandis que deux sont toujours activement recherchés. L’acte d’accusation, qui s’étend sur 94 pages, a été rendu public à un moment où le bureau du procureur fédéral du Minnesota peine à maintenir plusieurs des poursuites engagées précédemment contre des manifestants protestant contre la politique migratoire de l’administration Trump.
Les prévenus et leurs liens présumés
Les suspects seraient liés au groupe activiste Direct Action Minnesota, anciennement connu sous le nom de Twin Cities Direct Action. M. Rosen a affirmé que les inculpés étaient membres de deux collectifs basés à Minneapolis affiliés à la mouvance antifa, un courant d’activistes antifascistes sans structure hiérarchique formelle. Les noms des quinze personnes mises en cause sont Isaac Auman Sant, Emmett James Doyle, Cameron Kennedy, Callum Robinet, Erik Davis, Brian Stillwell Apland, Kyle Wagner, Hannah Margaret Van De Water Davis, Treasure Cay Thoreson, Nathan Junho Kim, Alec Stewart, Douglas Misterek, Dustin Scott Beisell, William Morgan et Natasha Rakotz. William Morgan et Natasha Rakotz font face, en sus, à une accusation de voies de fait contre un agent fédéral.
Le procureur a précisé que les investigations avaient permis d’établir que ces individus auraient utilisé des débris, des véhicules et d’autres objets pour bloquer des routes empruntées par les forces de l’ordre fédérales, et auraient brandi des boucliers artisanaux pour résister physiquement aux agents.
Un contexte d’opération controversée
Ces poursuites s’inscrivent dans le cadre d’Operation Metro Surge, une vague d’arrestations et de contrôles migratoires autorisée par le président Donald Trump dans le Minnesota entre décembre et février. Cette opération a été vivement critiquée pour son recours à une force jugée excessive et pour des méthodes jugées contestables sur le plan juridique, notamment la pratique consistant à pénétrer dans des domiciles privés sans mandat judiciaire. En janvier, deux citoyens américains, Renee Good et Alex Pretti, avaient été tués par balle par des agents fédéraux durant l’opération, suscitant une indignation nationale.
Des poursuites fragilisées par des revers judiciaires
L’annonce de ces inculpations intervient alors que les procureurs fédéraux du Minnesota ont vu environ la moitié des 36 dossiers individuels pour voie de fait ou obstruction contre des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) être rejetés par les tribunaux. Des avocats de la défense ont indiqué que des juges avaient émis des doutes quant à la solidité des preuves présentées par l’accusation. Interrogé sur ce bilan, Daniel Rosen a déclaré : « Vous regarderez comment cette affaire se déroule, vous regarderez comment les preuves se présentent. »
Les mesures de l’administration Trump contre les activistes antifa s’inscrivent dans une directive présidentielle visant à « contrer le terrorisme intérieur et la violence politique organisée ». Les démocrates dénoncent une tentative de faire taire l’opposition. Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a qualifié Operation Metro Surge de « démonstration de force pour intimider les États qui ont voté contre Trump ».
Des réactions contrastées
À l’issue de la conférence de presse, un rassemblement de manifestants s’est formé devant le palais de justice pour exprimer leur opposition aux charges retenues. Des pancartes arboraient des slogans comme « la liberté meurt quand la liberté d’expression est arrêtée » ou « observer l’application de la loi est protégé par le premier amendement ». Bruce Nestor, un avocat spécialisé en droit de l’immigration, a estimé qu’il s’agissait « d’un acte d’oppression politique conçu pour punir et intimider les opposants à cette administration sur la base de leurs pensées et de leur politique ».
Il n’a pas été possible de savoir si les prévenus disposent déjà d’une représentation légale.