L'épidémie d'Ebola s'étend dans les provinces de l'Ituri et du Nord-Kivu, à l'est de la République démocratique du Congo (RDC), avec plus de 900 cas suspects et 220 décès signalés à ce jour. Alors que les équipes humanitaires tentent de contenir la propagation, les réductions drastiques de l'aide internationale compliquent sérieusement leur action.

Un contexte sécuritaire et sanitaire déjà fragile

La région est en proie à des conflits armés depuis des décennies, opposant forces gouvernementales, milices, groupes rebelles et bandes criminelles qui se disputent le contrôle des ressources naturelles. Ces affrontements, mêlés à des tensions ethniques et aux intérêts géopolitiques du Rwanda et de l'Ouganda, ont conduit à la destruction de nombreux hôpitaux. Les personnels soignants manquent aujourd'hui d'équipements de base pour prendre en charge les malades.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a exprimé son inquiétude face à l'aggravation de la situation. Son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré que cette flambée était « extrêmement grave et difficile », et qu'elle « empirerait avant de s'améliorer ». L'organisation tente d'acheminer du matériel et des experts médicaux, mais ses ressources sont limitées.

L'impact des coupes budgétaires

La sortie des États-Unis de l'OMS, ancien premier contributeur financier de l'institution, a provoqué un manque à gagner majeur, contraignant l'organisation à réduire, voire supprimer, certains programmes, y compris en RDC. L'Allemagne, bien que devenue le premier donateur de l'OMS, a également diminué ses contributions. Le budget 2026 du ministère allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) a été réduit, ce qui affecte les versements volontaires à l'OMS.

Julia Stoffner, experte en santé mondiale pour l'organisation protestante d'aide allemande Brot für die Welt, a souligné que les fonds alloués à la santé et à la coopération internationale ont tous été revus à la baisse. « Lorsque les systèmes de santé dans les pays du Sud s'affaiblissent ou ne sont plus soutenus, cela contribue à ce que des épidémies comme celle en RDC passent inaperçues pendant très longtemps avant de devenir visibles », a-t-elle expliqué.

Les organisations humanitaires CARE et Caritas ont lancé des appels urgents pour un investissement accru de la communauté internationale dans l'aide et l'éducation.

Des équipes sous pression

Sur le terrain, la situation est critique. Josue Ibulungu, responsable du bureau de l'organisation allemande d'aide Diakonie à Goma, a indiqué que seuls 30 % des besoins en matière de réponse à l'épidémie peuvent être couverts. « La situation est très difficile pour tous les travailleurs humanitaires, les réductions de financement de la part de nombreux donateurs rendent la situation très difficile. Les organisations ont même du mal à trouver des fonds pour rendre possible la vaccination contre Ebola », a-t-il affirmé.

La désinformation sur les réseaux sociaux complique encore la tâche. Des rumeurs affirment que le virus n'existe pas ou que les soignants chercheraient à s'enrichir, ce qui alimente la méfiance des populations et freine les campagnes de sensibilisation et de vaccination.

Des frontières poreuses et une menace régionale

En Ouganda voisin, les autorités sanitaires suivent de près la situation. Des exercices de simulation ont été organisés pour préparer les équipes à une éventuelle hausse des cas, notamment pour la conduite d'enterrements sûrs et dignes. La porosité des frontières et les mouvements de population constituent un risque élevé de propagation transfrontalière du virus.

Le BMZ a précisé que le gouvernement congolais a reçu environ 160 millions d'euros d'aide au développement pour les années 2026 et 2027, un montant inférieur aux années précédentes en raison des coupes budgétaires allemandes. La prévention des maladies n'est pas une ligne budgétaire distincte au sein du BMZ, mais abordée à travers divers programmes, eux aussi réduits.

Alors que le nombre de cas continue d'augmenter, les acteurs humanitaires appellent à un sursaut de la communauté internationale pour éviter que l'épidémie ne devienne incontrôlable.