Kinshasa — Un pas de plus vers une révision de la Constitution en République démocratique du Congo. L'Assemblée nationale a adopté, le 9 juin, un projet de loi visant à organiser un référendum. Ce texte est considéré comme une étape cruciale pour toute modification de la loi fondamentale, alors que le mandat du président Félix Tshisekedi, entamé en 2019, expire en 2028. Le vote a eu lieu en l'absence des élus de l'opposition, qui boycottent le Parlement depuis plusieurs semaines pour protester contre cette initiative.

Un projet porté par la majorité présidentielle

Le parti au pouvoir, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a lancé une campagne publique en faveur d'une réforme constitutionnelle. Le chef de l'État, âgé de 62 ans, s'est montré ouvert à un scénario qui pourrait permettre un troisième mandat, voire un report des élections. « Je n'ai pas demandé un troisième mandat, mais je vous dis ceci : si le peuple veut que j'aie un troisième mandat, j'accepterai », a-t-il déclaré début mai lors d'une conférence de presse à Kinshasa. La Constitution actuelle, adoptée il y a vingt ans, limite le président à deux mandats.

Des critiques virulentes de l'opposition

L'opposition, menée notamment par l'ancien gouverneur Moïse Katumbi, dénonce un « coup d'État constitutionnel ». Les partis d'opposition estiment que cette révision vise à permettre au président Tshisekedi de se maintenir au-delà de son second terme, malgré les crises sécuritaires et sanitaires qui frappent le pays, en particulier dans l'est de la RDC où sévit l'insécurité et une épidémie de maladie à virus Ebola. « Le peuple congolais est fatigué de ces manœuvres politiques qui détournent l'attention des véritables problèmes », a affirmé un porte-parole de l'opposition sous couvert d'anonymat.

Un contexte de tensions persistantes

Ce n'est pas la première fois que Félix Tshisekedi évoque une révision constitutionnelle. En 2024, il avait déjà qualifié la Constitution de « constitution d'étrangers », sans apporter de preuves à l'appui, et annoncé la mise en place d'une commission nationale d'experts chargée de l'examiner. Ces déclarations étaient intervenues peu avant l'offensive des rebelles du M23, soutenus par l'armée rwandaise, dans l'est du pays. La situation sécuritaire dans cette région reste préoccupante, avec des violences perpétrées par divers groupes armés, dont les Forces démocratiques alliées (ADF).

Une procédure contestée

Le projet de loi adopté par l'Assemblée nationale devra maintenant être examiné par le Sénat avant d'être soumis à référendum. La procédure est critiquée par l'opposition et des organisations de la société civile, qui y voient une manœuvre du pouvoir pour contourner le principe de l'alternance démocratique. « Le peuple congolais doit pouvoir s'exprimer, mais dans un cadre légal et transparent, pas sous la pression d'une majorité qui veut verrouiller le système », a déclaré un analyste politique local. Les prochains jours s'annoncent décisifs pour l'avenir politique de la RDC, alors que les tensions entre le pouvoir et l'opposition ne cessent de croître.