L'ancien responsable démocrate Rahm Emanuel, figure politique de premier plan et candidat pressenti pour l'élection présidentielle américaine de 2028, a lancé un avertissement sans précédent à Israël : les États-Unis ne peuvent plus garantir un soutien inconditionnel à leur allié historique.
Lors d'une allocution prononcée mercredi à l'Université de Tel Aviv, M. Emanuel a directement mis en cause la politique du Premier ministre Benyamin Nétanyahou, estimant que ce dernier a exploité l'absence de conditions liées à l'aide américaine pour mener des actions contraires aux intérêts de Washington.
« Le soutien inconditionnel a produit un Premier ministre qui a présumé que ses intérêts stratégiques n'entraîneraient aucun coût politique s'il ignorait les préoccupations américaines concernant les colonies et déclenchait une guerre régionale », a déclaré M. Emanuel.
Il a également souligné que la relation bilatérale se trouve « à la croisée des chemins » et nécessite « des changements significatifs et une nouvelle orientation ». Selon lui, les Américains ont commis une erreur en restant « aveuglément et silencieusement derrière votre gouvernement, sans conditions, sans exigences et sans conséquences lorsque nous étions en désaccord ».
Un constat d'isolement stratégique
M. Emanuel a pointé plusieurs motifs de préoccupation, notamment l'expansion violente des colonies israéliennes en Cisjordanie, en violation du droit international. Il a exigé qu'Israël rouvre la perspective d'une souveraineté palestinienne et renonce aux projets d'annexion de la Cisjordanie.
« L'isolement stratégique n'est pas un fondement pour la sécurité. C'est une bombe à retardement », a-t-il prévenu, en référence à l'érosion du soutien international à l'État hébreu.
L'ancien maire de Chicago a également fait état des sondages d'opinion américains montrant une défiance croissante des électeurs démocrates envers Israël, particulièrement depuis le début de la guerre à Gaza, qui a fait au moins 73 000 morts palestiniens depuis 2023. Il a aussi mentionné l'affaiblissement du soutien à Israël en Europe, un signe supplémentaire, selon lui, de l'urgence d'un réexamen de la politique américaine.
Un virage pour une figure historique
Ces prises de position marquent une évolution notable pour Rahm Emanuel, qui a longtemps incarné l'aile modérée du Parti démocrate et joué un rôle clé dans l'élaboration des relations américano-israéliennes. Conseiller du président Bill Clinton lors des négociations de paix israélo-palestiniennes dans les années 1990, puis chef de cabinet du président Barack Obama de 2009 à 2010, il a été directement impliqué dans la politique moyen-orientale.
Alors que les électeurs démocrates deviennent de plus en plus critiques envers Israël, M. Emanuel tente de tracer une voie entre la gauche antisioniste et la droite pro-israélienne, un équilibre délicat pour quiconque ambitionne la Maison-Blanche.
Son discours a été perçu comme un signal fort adressé à l'administration américaine actuelle – dirigée par le républicain Donald Trump – ainsi qu'aux alliés israéliens, leur signifiant que le statu quo n'est plus tenable. M. Emanuel a conclu en appelant à une « nouvelle approche, fondamentalement différente, de cette alliance ».