Le terme « seigneur de la guerre », souvent associé aux conflits civils en Somalie, au Liberia ou en Afghanistan dans les années 1990, fait son retour dans le débat académique pour qualifier certaines pratiques de dirigeants du XXIe siècle. C’est en tout cas la thèse centrale du rapport annuel sur la paix présenté lundi à Berlin par quatre instituts allemands spécialisés dans l’étude des conflits et de la paix.
Un constat alarmant sur l’ordre international
Selon Conrad Schetter, chercheur au Centre international d’études sur les conflits de Bonn (bicc), « les nouveaux seigneurs de la guerre sapent l’ordre international ». Pour illustrer leur propos, les auteurs du rapport citent nommément plusieurs chefs d’État : le président russe Vladimir Poutine, le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. « Le recours à la violence militaire est leur méthode privilégiée pour faire avancer leurs intérêts. Ce faisant, ils ne se soucient pas du droit international », a détaillé Conrad Schetter.
Ursula Schröder, de l’Institut de recherche sur la paix et la politique de sécurité (IFSH) de l’Université de Hambourg, a nuancé le propos en indiquant que les chercheurs ne souhaitaient pas « tout mettre sur le même plan » mais constataient néanmoins des « schémas communs » entre ces dirigeants et d’autres personnalités au pouvoir.
La violence comme instrument politique normalisé
Le rapport identifie une tendance préoccupante : la réhabilitation de la force armée comme un « instrument politique normal ». Les auteurs estiment que ces acteurs tentent également de « restreindre la souveraineté politique d’autres pays » dans le but d’accroître leur profit et leur puissance. Cette analyse ne se limite pas aux grandes puissances. Les chercheurs incluent plusieurs monarchies du Golfe – l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis – dans cette catégorie. Selon Conrad Schetter, ils sont « impliqués dans de nombreuses guerres civiles, de la Libye à la Somalie », et leurs interventions visent avant tout des intérêts géopolitiques, stratégiques ou économiques.
Un appel à renforcer l’engagement européen
Face à ce qu’ils considèrent comme un effondrement accéléré de l’ordre international, incarné notamment par l’affaiblissement des Nations unies, les chercheurs appellent l’Allemagne et l’Europe à intensifier leur engagement. Nicole Deitelhoff, de l’Institut de recherche sur la paix de Francfort (PRIF), a exhorté les puissances européennes à « trouver des partenaires afin de maintenir un système de règles ». Les experts se sont prononcés contre les coupes budgétaires dans la coopération au développement et l’aide humanitaire, estimant que ce désengagement « renforce les dynamiques de crise ».