Un vote qui fait polémique

En République démocratique du Congo, la controverse autour d'une possible révision constitutionnelle a été ravivée par l'adoption, à l'Assemblée nationale, d'une proposition de loi portant sur l'organisation d'un référendum. La majorité présidentielle défend ce texte comme une simple modernisation des institutions, mais l'opposition et une partie de la société civile y voient une manœuvre délibérée pour ouvrir la voie à un troisième mandat du président Félix Tshisekedi.

Ce vote intervient dans un climat politique déjà tendu. Pour les partis d'opposition, la réforme constitutionnelle viserait à supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels, une disposition clé de la Constitution de 2006 adoptée après les accords de paix qui ont mis fin aux guerres civiles. Le chef de l'État, élu en 2018 puis réélu en 2023, achèverait son second mandat en 2028 sans pouvoir se représenter si le texte fondamental n'est pas modifié.

Des rues de Kinshasa en ébullition

L'annonce du vote a immédiatement provoqué des tensions dans la capitale, Kinshasa. Plusieurs quartiers ont été le théâtre d'affrontements entre les forces de l'ordre et des manifestants hostiles au projet référendaire. Des heurts ont été signalés, avec des jets de pierres et des barricades dressées par les contestataires. Les autorités ont mobilisé d'importants effectifs policiers pour tenter de disperser les rassemblements non autorisés.

Les leaders de l'opposition appellent à une mobilisation durable pour faire échec à ce qu'ils qualifient de « hold-up constitutionnel ». Ils estiment que le gouvernement cherche à contourner le débat parlementaire approfondi en ayant recours à un référendum, dont l'issue serait favorable au pouvoir en place. Plusieurs figures politiques ont été interpellées ou placées sous surveillance dans le cadre des manifestations.

Le camp présidentiel justifie la réforme

De son côté, la majorité présidentielle rejette les accusations et affirme que la consultation populaire vise à adapter les institutions aux réalités du pays. Des responsables proches du pouvoir soulignent que la Constitution actuelle, bien qu'ayant permis une certaine stabilité, comporterait des faiblesses qui entravent le développement et l'efficacité de l'action gouvernementale. Ils assurent que la question du troisième mandat n'est pas à l'ordre du jour et que le référendum portera sur des sujets plus larges, comme l'organisation des pouvoirs ou la décentralisation.

Cependant, cette argumentation peine à convaincre les critiques, qui rappellent que toute modification des règles constitutionnelles à quelques années de la fin du mandat du président actuel est suspecte.

Un parallèle avec les précédents en Afrique

La situation congolaise rappelle d'autres crises politiques sur le continent, où des chefs d'État ont utilisé des révisions constitutionnelles pour se maintenir au pouvoir au-delà de la limite des mandats. Des voisins comme le Rwanda ou la République du Congo ont connu des réformes similaires ces dernières années. Pour les observateurs, le cas de la RDC est d'autant plus sensible que le pays, géant d'Afrique centrale, peine à consolider sa démocratie après des décennies de conflits et de régimes autoritaires.

Le processus référendaire doit encore franchir plusieurs étapes, notamment l'examen par le Sénat et, le cas échéant, l'organisation effective du scrutin. La date de ce dernier n'a pas encore été fixée, mais l'opposition promet de tout mettre en œuvre pour en empêcher la tenue.

Une opposition déterminée

Les formations politiques d'opposition, malgré leurs divergences historiques, tentent de s'unir face à ce qu'elles considèrent comme une menace pour l'alternance démocratique. Elles appellent la communauté internationale à se montrer vigilante et à ne pas cautionner un processus qui, selon elles, violerait l'esprit de la Constitution. Plusieurs organisations de la société civile ont également dénoncé le projet, estimant qu'il risque de plonger le pays dans une nouvelle crise.

Le climat reste donc très instable à Kinshasa, où des appels à la grève générale ont été lancés pour les jours à venir. La police a prévenu qu'elle ne tolérerait aucune atteinte à l'ordre public, tandis que les autorités encouragent le dialogue. Pour l'heure, aucune avancée significative n'a été enregistrée entre la majorité et l'opposition.