Le débat sur le redressement des finances publiques françaises s'enrichit d'une nouvelle contribution de poids. L'Institut Avant-Garde, un cercle de réflexion pluraliste, a présenté ce lundi un rapport intitulé « L'ajustement sans les larmes », fruit de neuf mois de travaux. Ses conclusions, d'une ampleur inédite, fixent un objectif d'effort budgétaire compris entre 113 et 157 milliards d'euros sur la période 2026-2032.

Un effort qualifié de « sans précédent »

Ce montant, qui pourrait paraître abstrait, équivaut à plusieurs points de PIB. Il vise à contenir la dette publique française entre 114 % et 130 % du produit intérieur brut à l'horizon 2040. Le déficit public, qui atteignait encore 5,1 % du PIB en 2025, reste en effet très éloigné de l'objectif de 3 % que le gouvernement s'est donné pour 2030. Le rapport précise que l'effort nécessaire intègre à la fois les intérêts de la dette et le retour progressif vers l'équilibre des comptes des administrations publiques.

Trois scénarios, une même conclusion sur la fiscalité

Pour parvenir à cet ajustement, les économistes de l'institut ont élaboré trois scénarios distincts. Le premier mise sur une réduction massive des dépenses publiques. Le deuxième privilégie une hausse des prélèvements obligatoires. Le troisième combine les deux leviers. Dans tous les cas de figure, la part de la fiscalité dans l'effort total dépasse les deux tiers. Selon le rapport, même dans le scénario le plus ambitieux de baisse des dépenses, les hausses d'impôts représenteraient au moins 75 milliards d'euros sur la période.

Le think tank justifie ce choix par la difficulté politique et sociale de réduire brutalement les dépenses, notamment dans les secteurs de la santé, des retraites et de l'éducation. Les auteurs estiment qu'un « ajustement sans les larmes » est possible si la charge est répartie de manière progressive et ciblée.

Une équipe d'économistes reconnus

L'Institut Avant-Garde se présente comme non-partisan et rassemble dans son conseil scientifique des personnalités aux sensibilités diverses, parmi lesquelles les économistes Selma Mahfouz, Xavier Jaravel et Philippe Askenazy, l'historien Pierre Rosanvallon, ou encore le spécialiste des finances publiques François Ecalle. Le rapport s'appuie sur des simulations macroéconomiques sur neuf ans et tient compte des engagements européens de la France en matière de réduction du déficit.

Quelles pistes concrètes ?

Si le rapport ne détaille pas l'intégralité des mesures envisagées, il évoque plusieurs leviers : une réforme de la fiscalité du capital, une hausse de la progressivité de l'impôt sur le revenu, la suppression de certaines niches fiscales, et une réorientation des aides aux entreprises. Côté dépenses, il propose notamment un gel des embauches dans la fonction publique et une réduction des subventions aux énergies fossiles.

Le document intervient alors que le gouvernement, par la voix du ministre du Budget David Amiel, a déjà annoncé une première salve de coupes budgétaires ciblant la police, les prisons, l'emploi et le Fonds vert. Les parlementaires ont pour leur part dénoncé un manque de clarté sur l'ampleur des ajustements à venir.

Un débat relancé sur la stratégie budgétaire

La publication de ce rapport relance le débat sur la stratégie de redressement des comptes publics. Alors que l'exécutif cherche à concilier discipline budgétaire et soutien à la croissance, les travaux de l'Institut Avant-Garde offrent une grille de lecture chiffrée des sacrifices à consentir. La question centrale reste de savoir si le gouvernement suivra la voie d'une hausse massive des impôts, option dominante des scénarios proposés, ou s'il parviendra à dégager des économies structurelles suffisantes.