Les journalistes Maggie Haberman et Jonathan Swan publient « Regime Change: Inside the Imperial Presidency of Donald Trump », un ouvrage de 464 pages qui plonge dans les rouages de la présidence de Donald Trump lors de ses quatorze premiers mois de second mandat. Fruit de centaines d’entretiens menés sous couvert d’anonymat, le livre dresse le portrait d’un chef de l’État animé par ses « griefs et instincts », selon ses propres auteurs, et bien décidé à étendre son emprise sur le gouvernement fédéral, les institutions culturelles et les cycles médiatiques.

La cour des puissants de la tech L’une des révélations marquantes de l’ouvrage concerne la manière dont Donald Trump a savouré la déférence des géants de la technologie après sa victoire à l’élection de 2024. Le livre rapporte que le président se réjouissait ouvertement de voir ceux qui l’avaient autrefois méprisé « lui faire de la lèche », selon une expression attribuée à Trump lui-même. Mark Zuckerberg et Jeff Bezos figuraient parmi les dirigeants venus rendre hommage au président, illustrant le basculement des élites économiques vers le nouveau pouvoir en place.

Un enrichissement familial sans précédent Les auteurs révèlent que la famille Trump a ajouté plus d’un milliard de dollars à sa fortune personnelle durant cette période. Interrogé par le journal The New York Times en janvier 2026 sur le fait qu’il autorisait désormais ses proches à conclure des affaires à l’étranger, ce qui lui avait été interdit lors de son premier mandat, le président avait répondu : « Parce que j’ai découvert que personne n’y prêtait attention. J’ai le droit de le faire. » Cette logique d’impunité, selon Haberman et Swan, repose sur l’absence de réaction de son entourage, des élus républicains du Congrès aux magnats de la tech, en passant par sa base militante.

Super glue et obsessions décoratives Le livre dépeint également un président aux habitudes surprenantes, n’hésitant pas à décorer lui-même la Maison-Blanche à l’aide d’un tube de super glue. Cette anecdote, parmi d’autres, illustre le caractère imprévisible et interventionniste de Donald Trump, qui cherchait à laisser son empreinte jusque dans l’aménagement des pièces.

Le défi du journalisme sans conséquence Les deux journalistes, qui couvrent Donald Trump depuis plus d’une décennie, livrent une réflexion sur les limites de leur métier à une époque où la révélation des faits ne semble plus entraîner de conséquence politique. « Nous avons failli nous tuer » pour extirper ces secrets de la Maison-Blanche, confient-ils, évoquant l’extrême difficulté d’obtenir des témoignages dans un climat de peur et de loyauté au sein de l’administration.

Epstein, militarisation et justice sélective Parmi les autres sujets traités, « Regime Change » consacre des passages au « retour vampirique » de Jeffrey Epstein, à l’usage des forces de l’ordre fédérales pour militariser les villes américaines, au déploiement agressif des services d’immigration contre les communautés immigrées, ainsi qu’à l’instrumentalisation du système judiciaire pour cibler les ennemis perçus du président. Les auteurs décrivent un pouvoir sans contre-pouvoir, où le chef de l’État est devenu, selon eux, « le président le plus puissant de notre époque ».

Une enquête à contrepied Plutôt que de s’attacher aux seuls événements déjà connus – les excès du département d’efficacité gouvernementale dirigé par Elon Musk, le chaos des tarifs douaniers ou la répression migratoire –, Haberman et Swan mettent l’accent sur la mécanique intime du pouvoir : les conversations privées, les décisions prises dans l’instant, la fusion entre spectacle et réalité. Le livre, publié le 23 juin, constitue une tentative de comprendre comment un système politique peut absorber les pires révélations sans que rien ne change.