Une proposition de loi déposée par des élus de droite relance l'idée d’autoriser les salariés à travailler pendant leur cinquième semaine de congés payés, en échange d’une rémunération majorée. Le texte, qui repose sur le principe du volontariat, entend offrir un levier supplémentaire pour améliorer le pouvoir d'achat, sans supprimer un droit acquis.
Un dispositif basé sur le volontariat
Le député Les Républicains des Alpes-Maritimes, Éric Pauget, est à l’origine de cette initiative. Selon lui, chaque salarié serait libre de proposer à son employeur de renoncer à une partie de ses congés, en contrepartie d’une majoration salariale. "C'est le salarié qui le veut ou pas, qui le propose à son employeur, en accord avec son employeur, et c'est le salarié qui est toujours libre", a-t-il expliqué.
Cette mesure pourrait séduire une partie des actifs. Selon plusieurs études récentes, près de 20 % des Français n’utilisent pas la totalité de leurs cinq semaines de congés payés. Certains salariés y voient une opportunité d’augmenter leurs revenus. C’est le cas de Rémi Pilias, 28 ans, employé dans une marbrerie des Yvelines. "Je n'ai pas d'enfant, je vis seul. Je n'ai pas forcément besoin de cinq semaines de vacances. S'il y a un avantage à n'en avoir que quatre, pourquoi pas ?", a-t-il confié.
Un soutien patronal mitigé
Du côté des employeurs, la proposition est accueillie de manière contrastée. Certains dirigeants y voient un intérêt tant pour l’entreprise que pour les salariés. Philippe Ledran, qui dirige la marbrerie où travaille Rémi Pilias, estime que le dispositif pourrait profiter à tous. "Ça va me coûter plus, mais c'est des gens qui vont aussi rapporter du travail en plus et de la richesse pour tous. Pour eux, pour la société et pour l'État. C'est gagnant-gagnant", a-t-il jugé.
Des critiques syndicales et politiques
La proposition ne fait toutefois pas l’unanimité. Les organisations syndicales s’y opposent fermement, y voyant une remise en cause des droits sociaux. Au sein du Parlement, le texte divise également. Le député du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT), Harold Huwart, a vivement critiqué l’initiative. "C'est absurde. On ne renforce pas le pouvoir d'achat en détricotant les droits sociaux ou les acquis sociaux", a-t-il déclaré, estimant que le vrai problème réside dans l’inflation des prix.
Des réticences gouvernementales
L’exécutif, tout en se disant ouvert au débat, se montre prudent. Le gouvernement n’écarte pas l’idée mais renvoie à une nécessaire concertation, notamment avec les partenaires sociaux. Aucun calendrier n’a été avancé pour l’examen du texte.
Un débat récurrent sur le temps de travail
Cette proposition s’inscrit dans une série de discussions récurrentes sur l’équilibre entre temps de travail et pouvoir d’achat. Le sujet de la cinquième semaine de congés payés, acquise par une loi de 1981, revient régulièrement dans le débat public, sans avoir abouti à une modification législative. La question de son éventuelle monétisation reste donc posée, dans l’attente d’une éventuelle inscription à l’ordre du jour parlementaire.