Le feuilleton de la restructuration financière du groupe Casino connaît un nouveau rebondissement. Le distributeur, propriétaire des enseignes Monoprix, Franprix, Naturalia et Cdiscount, a annoncé le 6 juillet avoir reçu deux propositions fermes pour remanier son endettement, devenu à nouveau insoutenable. Le conseil d'administration doit désormais examiner ces scénarios, qui ouvrent des perspectives radicalement différentes pour l'avenir du groupe.

Les négociations, engagées depuis novembre 2025, n'avaient pas permis de dégager un accord avant la date butoir initiale du 30 juin. Le groupe espère désormais arrêter les termes d'un nouveau plan de sauvegarde au cours du mois de juillet, avant de le soumettre au vote des parties prenantes (actionnaires, banques, créanciers). En cas d'échec, le tribunal des affaires économiques de Paris sera appelé à trancher.

Deux visions opposées pour l'avenir du groupe

La première offre émane de France Retail Holdings (FRH), la holding contrôlée par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, actuel actionnaire de référence. Elle prévoit une augmentation de capital comprise entre 1,16 et 1,23 milliard d'euros, financée à la fois par la conversion d'une partie de la dette en actions (entre 610 et 685 millions d'euros) et par des apports en numéraire. Dans ce schéma, FRH conserverait 66,8 % du capital, tandis que les créanciers du Term Loan B (TLB) obtiendraient 24,5 %, les banques 8,6 % et les actionnaires existants (hors FRH) seraient dilués à 0,1 %.

La contre-proposition des créanciers TLB, à l'inverse, leur conférerait la quasi-totalité du capital, à hauteur de 99,9 %, en échange d'un abandon de l'essentiel de la dette. Cette option s'accompagne d'une augmentation de capital de 400 millions d'euros. Selon le groupe Casino, les deux scénarios seraient « massivement dilutifs » pour les actionnaires actuels.

Engagements sur l'intégrité du groupe

Les deux offres intègrent des clauses relatives à l'avenir des activités. Daniel Kretinsky s'engage à une absence de démantèlement du groupe. De leur côté, les créanciers TLB avancent leur intention de ne pas démanteler Casino, mais leur engagement de ne pas vendre leurs participations de manière concertée est limité à une durée de deux ans, sauf si l'opération est réglementée par le conseil d'administration ou si le repreneur s'engage à préserver l'intégrité du groupe. Cette différence de temporalité nourrit les interrogations sur la stratégie à long terme.

Une dette de 1,4 milliard à refinancer

L'enjeu central de cette restructuration est une dette de 1,4 milliard d'euros arrivant à échéance en mars 2027. Le groupe, qui avait déjà été placé sous sauvegarde en 2023, peine à retrouver une situation financière stable malgré les cessions d'actifs et les réductions de coûts. Les discussions entre l'actionnaire majoritaire et les créanciers n'ont pas permis de parvenir à un compromis dans les délais impartis, conduisant à la présentation de ces offres concurrentes.

Le conseil d'administration va désormais analyser les deux propositions avant de formuler son avis. La procédure prévoit ensuite un vote des classes de parties affectées. Si aucun consensus n'émerge, la justice économique devra départager les protagonistes.