Les délais de paiement entre entreprises connaissent une dégradation inédite. Au premier semestre 2026, le retard moyen s’établit à 18,9 jours, un niveau qui n’avait plus été observé depuis une douzaine d’années, indique le baromètre réalisé par le cabinet Arc et l’Ifop. L’année précédente, ce chiffre était de 17,3 jours. L’enquête, menée auprès de plus de 500 sociétés de plus de 50 salariés, met en lumière une pratique qui s’aggrave dans un contexte économique rendu plus incertain par les tensions géopolitiques.

Un report des difficultés sur les petits fournisseurs

Le reflux du délai moyen masque des disparités importantes : ce sont avant tout les très petites entreprises (TPE) et les petites et moyennes entreprises (PME) qui supportent le coût de cet allongement. Le baromètre souligne que le report des échéances de paiement constitue le premier levier utilisé par les dirigeants pour faire face à des tensions de trésorerie. « Cela reflète le rapport de force entre grandes et petites entreprises », analyse Denis Le Bossé, président du cabinet Arc. Les grands groupes disposent d’une capacité de négociation bien supérieure à celle de leurs fournisseurs de plus petite taille, qui se retrouvent contraints d’accepter des délais supplémentaires sous peine de perdre des contrats.

Un indicateur sous pression

Ce record intervient dans un climat économique morose. La majorité des chefs d’entreprise interrogés n’anticipe pas de croissance de leur activité au cours des six prochains mois. Cette défiance freine les investissements et accentue les comportements de trésorerie de court terme. L’allongement des délais de paiement devient alors un moyen de préserver sa propre liquidité, au détriment des partenaires commerciaux les plus fragiles. Les secteurs les plus exposés (bâtiment, transports, commerce de gros) sont particulièrement touchés par cette spirale.

Des conséquences sur la santé financière des PME

Pour les TPE et PME, chaque jour de retard supplémentaire pèse sur leur capacité à honorer leurs propres échéances (salaires, cotisations, fournisseurs). Dans un environnement où l’accès au crédit bancaire reste sélectif, ces délais non maîtrisés peuvent entraîner des faillites en cascade. Denis Le Bossé insiste : les petites structures sont les premières victimes de ces pratiques, alors même qu’elles sont moins armées pour se défendre ou pour recourir à des solutions de financement alternatives.

Vers une aggravation ?

Alors que le baromètre ne couvre que les entreprises de plus de 50 salariés, la situation pourrait être encore plus tendue dans le tissu des très petites entreprises, où les relations commerciales sont moins formalisées. Le cabinet Arc et l’Ifop appellent à une vigilance accrue des pouvoirs publics et des acteurs économiques. La facturation électronique, qui doit devenir obligatoire à partir du 1er septembre 2026, est présentée comme un outil potentiel pour fluidifier les échanges et réduire les délais, mais son effet à court terme reste incertain.