Plus de deux tiers des branches sous le Smic

À compter du 1er juin, le Smic est revalorisé de 2,41 %, une hausse automatique liée aux mécanismes légaux d'indexation sur l'inflation. Cette augmentation, en théorie favorable aux salariés, a pour conséquence de faire basculer 126 branches professionnelles sur les 179 suivies par le ministère du Travail en dessous du seuil du salaire minimum légal. Selon des données officielles, cela représente environ 70 % des branches concernées.

Certains secteurs sont particulièrement touchés. Le domaine de la jardinerie cumulerait ainsi neuf niveaux de classification inférieurs au Smic. Des salariés ayant acquis de l'ancienneté peuvent donc voir leur rémunération de base, définie par leur convention collective, demeurer sous le salaire minimum, l'employeur étant contraint de verser un complément pour atteindre le Smic légal.

Un mécanisme automatique mais pas de mise à jour systématique

Ce décalage récurrent s'explique par la différence de rythme entre les revalorisations du Smic et celles des minima conventionnels. Le salaire minimum bénéficie de hausses automatiques dès que l'inflation dépasse un certain seuil ou que le pouvoir d'achat des bas salaires est mis sous pression. À l'inverse, la révision des grilles salariales des branches dépend de négociations entre partenaires sociaux, un processus qui peut s'étaler sur plusieurs mois, voire échouer. Il arrive que lorsqu'un accord parvient à être conclu, une nouvelle hausse du Smic intervienne, le rendant immédiatement obsolète.

« Une smicardisation accélérée »

Ce phénomène n'est pas nouveau, mais il s'aggrave d'année en année selon les syndicats. Luc Mathieu, secrétaire national de la CFDT, a déploré « une smicardisation accélérée », estimant que la situation empire constamment. La CGT a pour sa part qualifié la proportion de branches concernées de « scandaleuse ».

Certains analystes économiques pointent du doigt un intérêt structurel pour les employeurs à maintenir un grand nombre de salariés au niveau du Smic, car c'est à ce seuil que les allègements de charges sont les plus élevés pour les entreprises. L'État lui-même n'est pas exempt de ce constat : parmi les fonctionnaires de catégorie C, jusqu'à dix échelons de rémunération se trouveraient sous le Smic.

Conséquences pour les salariés

Dans les faits, un salarié dont le coefficient hiérarchique correspond à un minima inférieur au Smic perçoit in fine le salaire minimum légal grâce à une prime différentielle versée par l'employeur. Mais cette situation a pour effet de neutraliser la progression salariale liée à l'ancienneté ou aux changements de poste au sein d'une même branche : le salarié peut passer toute sa carrière sans jamais bénéficier d'un salaire conventionnel supérieur au Smic.