La France accélère sa stratégie de robotisation, tant industrielle que militaire. À l'occasion du salon de défense Eurosatory qui se tenait à Villepinte, le ministre de l'Industrie Sébastien Martin et le secrétaire général pour l'investissement Bruno Bonnell ont dévoilé les 31 derniers lauréats de l’appel à projets « Offres de robots et machines intelligentes », lancé en juillet 2023 dans le cadre de France 2030.
Ce dispositif, opéré par Bpifrance pour le compte de l’État, vise à faire émerger une filière française compétitive et souveraine dans la robotique industrielle, les drones et la fabrication additive, ainsi que les technologies matérielles et logicielles associées. Selon le gouvernement, ces quatre dernières relèves représentent plus de 135 millions d'euros d'investissements productifs et 68 millions d'euros d'aides publiques, portés par 60 entreprises et laboratoires de recherche.
Des projets pour l'industrie et la défense
Sans surprise, les projets liés au développement de robots sont les plus nombreux. Parmi les lauréats figure la scale-up lilloise Exotec avec Skypick2, un robot de prélèvement doté d'un bras manipulateur pour la préparation de commandes. Dans le domaine des robots mobiles, Soben développe des machines autonomes opérant en essaim pour la logistique urbaine et industrielle, tandis que Jnov tech travaille sur la manutention au sol de charges lourdes. La société toulousaine Donecle, spécialisée dans l'inspection automatisée des avions par drones, fait également partie des lauréats. Isitec International, avec son projet Turbosort2, met au point une solution de tri de colis pour les centres postaux et logistiques.
Le secteur du BTP n'est pas oublié : le projet Erois2, porté notamment par Liebherr et l'école d'ingénieurs UTBM, vise à développer des excavatrices autonomes sur chenilles. Le projet Cobart, initié entre autres par le CNRS et l'Icam de Toulouse, travaille à un robot destiné aux artisans du bâtiment.
Un lien direct avec le champ de bataille
Le salon Eurosatory a mis en lumière la volonté de l'industrie de défense française de relever le défi de la robotisation du champ de bataille. Engins de déminage, drones kamikazes, blindés commandés à distance : ces innovations étaient au cœur des présentations, en écho aux besoins exprimés par les armées. Les projets soutenus par France 2030, bien que souvent présentés comme civils, peuvent avoir des applications militaires directes. Ainsi, les robots mobiles en essaim de Soben pourraient être adaptés à la logistique tactique, et les drones d'inspection de Donecle à la reconnaissance. Les excavatrices autonomes de Liebherr pourraient servir au déminage ou au génie militaire.
Cette annonce s'inscrit dans un mouvement plus large de modernisation de l'équipement français, alors que les conflits récents soulignent l'importance croissante des systèmes robotisés et téléopérés sur les théâtres d'opérations.