Le monde de la robotique vit peut-être son propre « moment ChatGPT ». Le mois dernier, lors du semi-marathon de Pékin, un robot nommé Lightning a terminé la course en devançant de près de sept minutes le record du monde humain. Cet exploit, le dernier d'une série de jalons franchis par des machines dotées d'intelligence artificielle, alimente les spéculations sur une adoption généralisée des robots dans nos vies, à l'image des chatbots entrés dans le quotidien du grand public il y a quelques années.
La Chine en tête de la course Le pays qui mène cette révolution est la Chine. Le gouvernement chinois s'est engagé à investir plus de 100 milliards de livres sterling (environ 116 milliards d'euros) dans la robotique au cours des vingt prochaines années, un signal fort adressé à l'industrie et aux chercheurs. Ce financement massif vise à accélérer le développement et le déploiement de robots dans des secteurs aussi variés que la production industrielle, les services domestiques et l'agriculture.
Des robots déjà au travail Dans un récent podcast consacré à cette question, Amy Hawkins, correspondante en Chine, explique comment les robots intègrent déjà le monde professionnel chinois. Elle décrit des usines où des machines effectuent des tâches répétitives, des entrepôts logistiques automatisés et même des restaurants où des robots assurent le service. La prochaine étape, selon les experts, est de voir ces machines sortir des environnements contrôlés pour accomplir des tâches dans nos maisons et nos jardins : nettoyer les sols, désherber les plates-bandes, ou encore assister les personnes âgées.
Le défi de la dextérité Nathan Lepora, professeur de robotique et d'intelligence artificielle à l'université de Bristol, rappelle toutefois que le chemin est encore long avant d'atteindre une polyvalence comparable à celle des humains. Ses recherches portent sur la capacité des robots à acquérir une dextérité similaire à celle de la main humaine. « Nous savons faire marcher des robots, nous savons les faire courir, mais manipuler des objets avec la même agilité et la même sensibilité qu'un être humain reste un défi immense », explique-t-il. La perception tactile, la coordination œil-main et l'adaptation à des environnements imprévus sont autant de domaines où les progrès sont nécessaires.
Un bond en avant spectaculaire Malgré ces obstacles, les récents succès des robots humanoïdes, comme la performance de Lightning à Pékin, démontrent une accélération des capacités physiques et algorithmiques. Là où il y a quelques années les robots chutaient au moindre obstacle, ils parcourent désormais des kilomètres en terrain varié. Cette amélioration repose sur l'utilisation de l'intelligence artificielle pour l'apprentissage par renforcement et la simulation, techniques qui ont également permis l'essor des grands modèles de langage.
Vers une robotique grand public ? Si les chatbots ont conquis le grand public grâce à leur accessibilité et leur utilité immédiate, les robots physiques doivent encore surmonter des barrières de coût, de sécurité et d'acceptation sociale. Toutefois, les investissements massifs et la multiplication des démonstrations spectaculaires laissent penser que le basculement pourrait être plus proche qu'on ne le croit. La Chine, avec son écosystème technologique intégré et ses ambitions industrielles, pourrait bien jouer le rôle de catalyseur, comme les États-Unis l'ont fait avec l'intelligence artificielle générative.
Un moment charnière Pour les spécialistes, nous assistons à une convergence entre les progrès de l'IA logicielle et ceux de la robotique mécanique. La question n'est plus de savoir si les robots vont envahir notre quotidien, mais quand et sous quelle forme. Le professeur Lepora prévient néanmoins : « Le chemin vers un robot capable de ranger une maison ou de préparer un repas sans supervision reste semé d'embûches. Mais il n'est plus impensable. »
L'exploit de Lightning à Pékin n'est peut-être que le premier d'une longue série. Il marque en tout cas une étape symbolique forte : la machine l'emporte sur l'humain dans une épreuve d'endurance. Reste à savoir si les robots sauront aussi bien s'adapter à la complexité du monde réel que les chatbots ont su s'imposer dans nos conversations.