Oleksandra Oliynykova, tête d’affiche ukrainienne, a placé le conflit armé qui déchire son pays au centre de l’attention médiatique à Roland-Garros. À la veille de son match du troisième tour face à la Russe Diana Shnaider, la joueuse a pris la parole pour dénoncer ce qu’elle qualifie de soutien affirmé de son adversaire au gouvernement russe de Vladimir Poutine, responsable de l’invasion de l’Ukraine entamée il y a plus de quatre ans.
Des accusations frontales prononcées en conférence de presse
Interrogée sur la position de Diana Shnaider, Oleksandra Oliynykova n’a pas mâché ses mots. « Elle a clairement choisi son camp. Elle soutient le Kremlin, et donc elle soutient la guerre, les bombardements, la mort de civils ukrainiens », a-t-elle déclaré. La Ukrainienne a estimé que le silence ou les déclarations ambiguës de certaines joueuses russes ne sont plus acceptables. « Le tennis ne peut pas rester neutre face à un génocide. Chaque fois qu’une athlète russe monte sur le court sans condamner ouvertement l’agression, elle devient complice », a-t-elle ajouté.
Un contexte sportif et diplomatique tendu
Le duel entre Oliynykova et Shnaider, programmé ce samedi sur le court Suzanne-Lenglen, intervient alors que les instances internationales du tennis peinent encore à adopter une position uniforme vis-à-vis des joueurs russes et biélorusses. Depuis le début du conflit en 2022, la Fédération internationale de tennis (ITF) et les tournois du Grand Chelem les autorisent à participer sous bannière neutre, sans indication de nationalité. Cette politique est régulièrement critiquée par Kiev et par plusieurs athlètes ukrainiens, qui y voient une normalisation inacceptable de la guerre.
Une rivalité qui dépasse le cadre sportif
Diana Shnaider, âgée de 22 ans, n’a jamais publiquement condamné l’invasion russe, contrairement à certaines de ses compatriotes comme Andrey Rublev ou Daria Kasatkina. Son compte Instagram, où elle poste régulièrement des photos en tenue aux couleurs de la Russie, a été épinglé par plusieurs comptes d’activistes ukrainiens. Oleksandra Oliynykova, jeune espoir du tennis ukrainien, profite de chaque micro pour rappeler la réalité de son pays ravagé. « Je ne peux pas faire comme si de rien n’était. Ma famille est à Kharkiv, mes amis se battent au front. Quand je vois une joueuse russe sourire et gagner de l’argent sans un mot pour les victimes, cela me rend malade », a-t-elle confié.
Réactions en coulisses et silence de l’adversaire
Contactée par des journalistes présents sur place, Diana Shnaider n’a pas souhaité répondre aux accusations. Son entourage a simplement indiqué qu’elle « préférait se concentrer sur le match et éviter la politique ». Cette posture a encore exacerbé la colère du clan ukrainien. « Ne pas répondre, c’est déjà répondre. C’est un aveu de lâcheté et de complicité », a réagi un membre de la délégation ukrainienne sous couvert d’anonymat.
Un match sous haute tension
Sur le plan sportif, les deux joueuses présentent des profils différents. Oliynykova, 24e mondiale, a réalisé un début de saison remarquable avec deux titres en WTA 250. Shnaider, 18e, est considérée comme l’une des jeunes promesses russes les plus talentueuses. Leur affrontement promet donc d’être serré, mais c’est bien la dimension politique qui attire les projecteurs. Les organisateurs de Roland-Garros ont renforcé le dispositif de sécurité autour du court, redoutant des incidents entre supporteurs des deux camps.
La guerre en Ukraine, ombre portée sur les Internationaux de France
Ce n’est pas la première fois que le conflit s’invite sur les courts parisiens. En 2023 et 2024, plusieurs joueurs ukrainiens avaient refusé de serrer la main de leurs adversaires russes, geste toléré par la direction du tournoi. Cette année, l’affaire Oliynykova-Shnaider symbolise l’impossible séparation entre sport et géopolitique. Alors que la guerre s’enlise et que le soutien occidental s’essouffle, chaque rencontre entre Ukrainiens et Russes devient un champ de bataille symbolique.
À l’issue de ce match très attendu, quel que soit le vainqueur, la question du boycott total des sportifs russes reviendra sur le devant de la scène. Plusieurs voix s’élèvent déjà pour demander une exclusion définitive, comme celle appliquée aux athlètes russes aux Jeux de Paris 2024. Mais pour l’instant, le tennis professionnel reste un îlot de participation neutre, de plus en plus contesté.