Des dizaines de milliers de personnes ont investi les rues de Rome ce samedi à l'occasion de deux manifestations concurrentes consacrées à la politique migratoire. Un cortège d'extrême droite, hostile à l'immigration, s'est déployé dans le quartier de Prati, tandis qu'un rassemblement rival, favorable à l'accueil des migrants, réunissait plusieurs dizaines de milliers de participants dans une autre partie de la ville.
Ces mobilisations interviennent alors qu'une initiative citoyenne intitulée « Remigration et Reconquête » a recueilli les 50 000 signatures nécessaires pour être examinée au Parlement. Le texte prévoit des mesures radicales à l'encontre des étrangers, incluant le renvoi forcé des personnes sans titre de séjour vers leurs pays d'origine. Le concept de « remigration », longtemps cantonné aux marges de l'extrême droite européenne, s'invite ainsi dans le débat politique institutionnel.
Des saluts fascistes et des cris de « Duce »
Plusieurs milliers de militants venus de toute l'Italie ont participé à la marche anti-migrants organisée par le mouvement d'extrême droite « Remigration et Reconquête ». De nombreux manifestants ont levé le bras en signe de salut fasciste et scandé « Duce ! Duce ! », en référence au dictateur Benito Mussolini, qui a dirigé l'Italie de 1922 à 1943. Luca Marsella, porte-parole du groupe néofasciste Casapound, a déclaré : « Nous voulons expulser les immigrés clandestins – les forcer à partir, parce qu'ils ne devraient pas être ici. Et comme nous ne sommes pas politiquement corrects, nous dirons que nous voulons aussi renvoyer chez eux les immigrés légaux – ceux qui ne se sont manifestement pas assimilés ou intégrés. »
Un front pro-migration massif
En opposition, un large rassemblement pro-migration a réuni des dizaines de milliers de personnes issues de plusieurs groupes de gauche et syndicats. Les manifestants brandissaient des banderoles où l'on pouvait lire, en italien : « La peau et la sueur ont la même couleur, pas d'expulsion ». Aucun incident n'a été signalé. La préfecture de police de Rome a déployé des milliers d'agents « pour faciliter les espaces de liberté et de liberté d'expression », selon les mots du commissaire de Rome, Roberto Massucci.
Un débat qui s'annonce houleux au Parlement
La proposition de loi citoyenne suscite de vives réactions dans le pays. Pour ses détracteurs, elle est jugée incompatible avec la Constitution italienne et contraire aux principes fondamentaux des droits humains. Le débat parlementaire à venir s'annonce particulièrement tendu, alors que la coalition de droite dirigée par la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, cherche à concilier une ligne ferme sur l'immigration avec les contraintes juridiques et diplomatiques. Les manifestations de ce samedi illustrent la profonde division de la société italienne sur ce sujet brûlant.