Le gouvernement britannique s'apprête à franchir un cap dans la régulation des plateformes numériques. Keir Starmer, le Premier ministre, doit présenter ce lundi un dispositif interdisant aux adolescents de moins de 16 ans l'accès aux applications de réseaux sociaux jugées « à haut risque ». Parallèlement, les mineurs de moins de 18 ans se verront interdire l'utilisation de chatbots romantiques ou sexuels dopés à l'intelligence artificielle.

Ce tour de vis intervient moins de deux semaines après la clôture d'une consultation publique sur la sécurité des enfants en ligne, qui a recueilli plus de 116 000 réponses. Une célérité qui suscite des inquiétudes, notamment au sein de la Molly Rose Foundation (MRF), une association créée par la famille de Molly Russell, une adolescente britannique qui s'est donné la mort après avoir consulté des contenus nocifs sur Instagram et Pinterest.

Une interdiction « précipitée » et contre-productive ?

Andy Burrows, directeur général de la MRF, est catégorique : une interdiction « précipitée » risque de « s'effilocher rapidement ». Selon lui, les jeunes trouveraient des moyens de contourner les vérifications d'âge et pourraient se tourner vers des espaces moins régulés, comme les jeux vidéo en ligne. « Les parents ont été clairs », a-t-il déclaré, appelant le gouvernement à privilégier l'établissement de normes de sécurité strictes applicables à toutes les applications, plutôt qu'une interdiction pure et simple.

Si les autorités n'ont pas encore précisé quelles plateformes seraient concernées par l'interdiction totale, le modèle australien, qui impose un blocage des géants du secteur tels que Facebook, Instagram, X (anciennement Twitter), TikTok et Snapchat, sert de référence. Pour les applications jugées « sûres », des restrictions encadreront l'usage des mineurs : les moins de 16 ans ne pourront ni envoyer ni recevoir de messages éphémères, ni interagir avec des adultes inconnus via des clavardages, ni diffuser en direct.

Le spectre des recours juridiques

La rapidité de l'exécutif et le choix de cibler certaines plateformes plutôt que d'autres exposent le gouvernement à des risques de contentieux. Des sources proches du dossier ont fait savoir que la décision de bannir uniquement certaines applications pourrait faire l'objet de recours devant la justice, les entreprises visées étant susceptibles de contester la classification retenue. Les ministres devraient préciser ultérieurement la liste des applications « à haut risque » soumises à l'interdiction.

Le calendrier serré de cette annonce – le gouvernement ayant rendu sa réponse moins de quinze jours après la fin de la consultation – souligne l'urgence politique perçue sur ce sujet. La MRF estime toutefois que cette précipitation pourrait se retourner contre l'objectif affiché de protéger les enfants, en créant un système facilement contournable et juridiquement fragile.