Le paysage politique britannique s’apprête à connaître un nouveau bouleversement. La démission de Keir Starmer, Premier ministre travailliste en fonction depuis juillet 2024, est désormais considérée comme inévitable et imminente. L’équipe de Downing Street a pourtant assuré, dimanche matin, que le dirigeant comptait se battre pour conserver la tête du parti et du gouvernement. Mais les spéculations vont bon train : certains évoquent une annonce dès ce dimanche, d’autres lundi, dans un climat de déliquescence accélérée du pouvoir.

L’élément déclencheur de cette crise ultime est la victoire écrasante d’Andy Burnham, figure populaire surnommée « King of the North », à l’élection législative partielle de Makerfield (Manchester). Ce scrutin, organisé jeudi dernier, a vu le challenger s’imposer nettement face au parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage. Ce succès a radicalement changé le rapport de forces au sein du parti travailliste. Pour les élus, le calcul est simple : l’un des leurs perd les élections, l’autre peut les leur faire gagner. Plus d’une centaine de députés – soit environ un quart du groupe parlementaire – ont déjà réclamé le départ de Starmer.

Des démissions en série affaiblissent un exécutif déjà fragile

Le Premier ministre n’a cessé de voir son autorité s’éroder depuis les élections locales du 7 mai, qui avaient déjà constitué une déroute électorale pour les travaillistes. Depuis cette date, les démissions se sont enchaînées. Le ministre de la Défense, John Healey, allié clé de Starmer, a quitté le gouvernement le 11 juin en raison de l’insuffisance des budgets alloués à son ministère. Ce week-end, c’est la ministre des Transports, Heidi Alexander, qui a demandé à Starmer de partir, vendredi. D’autres membres du cabinet auraient suivi le mouvement, selon des informations concordantes.

Par ailleurs, le chef du parti à la Chambre des communes, Jonathan Reynolds, a informé Keir Starmer que le soutien des députés s’amenuisait dangereusement. Le constat est sévère : « Dès qu’Andy Burnham prendra place ce lundi à la Chambre des communes, on ne saura plus qui y commande la majorité », analyse George Trefgarne, consultant politique. « Sir Keir Starmer est encore en place mais privé de pouvoir. »

Une transition désormais inéluctable

La question qui agite Westminster n’est plus de savoir si Keir Starmer partira, mais quand et selon quel scénario. Deux options se dessinent. La première serait un « couronnement » d’Andy Burnham, qui prendrait directement la place du Premier ministre sans passer par une élection interne. La seconde prévoirait une transition plus formalisée, avec une élection au sein du parti travailliste, qui pourrait faire émerger d’autres candidats, en vue du congrès annuel du Labour prévu à Liverpool fin septembre.

Dans les deux cas, le Royaume-Uni s’apprête à connaître son septième Premier ministre depuis le référendum sur le Brexit de 2016 – soit un tous les dix-huit mois. La légitimité du prochain locataire du 10 Downing Street pourrait d’ailleurs le pousser à convoquer des élections générales anticipées.

Keir Starmer, élu avec une majorité de 180 sièges en juillet 2024, n’a cessé de perdre en popularité, son mandat étant marqué par la volonté de réparer des services publics en mauvais état. Mais les difficultés budgétaires, les tensions internes et l’usure du pouvoir ont eu raison de sa position. Deux échéances immédiates se profilent : un conseil des ministres mardi, puis les questions au Premier ministre mercredi à la Chambre des communes, un exercice redoutable lorsqu’on est en position de faiblesse. Il est peu probable que Keir Starmer les affronte encore à la tête du gouvernement.