L'historien et auteur à succès Rutger Bregman, connu pour ses prises de position virulentes contre les inégalités et les milliardaires, se retrouve au cœur d'une controverse. Sa School for Moral Ambition (SMA), lancée en 2024, est vivement critiquée pour son alignement supposé avec des figures qu'elle prétend combattre, ainsi que pour son manque de résultats tangibles.

Financement par Bill Gates : une contradiction dénoncée

La révélation la plus marquante concerne le financement de l'école. L'investigateur Tim Schwab, auteur de l'ouvrage "The Bill Gates Problem", a découvert que la SMA avait reçu des fonds de la fondation Bill & Melinda Gates. Cette information, initialement non divulguée, a été ajoutée en bas du site web de l'organisation après l'enquête de Schwab. Pour ses détracteurs, accepter l'argent de Bill Gates – dont les liens avec Jeffrey Epstein ont été cités par son ex-épouse comme motif de divorce – est en totale contradiction avec le discours de Bregman sur la nécessité de taxer les super-riches. Un ancien collaborateur de Bregman a indiqué que l'école avait omis volontairement cette mention, consciente de son caractère problématique.

Prise de position controversée sur l'intelligence artificielle

Rutger Bregman a également suscité l'ire de nombreux observateurs en comparant les sceptiques de l'intelligence artificielle aux climatosceptiques. Dans une récente vidéo, il a défendu l'IA comme un outil bénéfique s'il est contrôlé par les gouvernements, envisageant même une utopie où les humains travailleraient moins d'heures, s'inspirant des prédictions de Keynes. Ses opposants lui reprochent un manque de distance critique, soulignant qu'aucune preuve scientifique solide ne démontre un tel impact de l'IA, contrairement au consensus massif sur le réchauffement climatique. Ils l'accusent également de minimiser les conséquences sociales et environnementales du déploiement non démocratique de cette technologie.

Questionnement sur l'efficacité réelle de la SMA

Au-delà des polémiques sur le financement et l'IA, c'est l'efficacité même de la School for Moral Ambition qui est remise en cause. Des voix critiques, dont d'anciens journalistes d'investigation, estiment que l'organisation n'a pas produit de résultats concrets à la hauteur des fonds qu'elle a levés. Bregman, par ailleurs auteur du livre "Moral Ambition", a été accusé d'adopter un ton moralisateur envers d'autres professionnels, comme lorsqu'il a implicitement remis en cause l'impact du travail du journaliste Jesse Frederik. Face à ces accusations, le porte-parole de Bregman, Anne Strunk, a notamment déclaré que son client n'était "pas un fan du style de journalisme" de Tim Schwab, qu'il juge "de mauvaise foi".