Le gouvernement sénégalais a brusquement changé de position lundi 20 juillet, en annonçant qu'il apportait désormais son appui à la candidature de l'ancien chef de l'État Macky Sall pour succéder à Antonio Guterres à la tête de l'ONU. Cette décision marque un retournement complet : jusqu'à présent, les autorités dirigées par Bassirou Diomaye Faye refusaient de soutenir leur prédécesseur, accusé par l'opposition de répressions meurtrières durant les manifestations de 2021 à 2024.
Un revirement après une visite éclair
Ce changement de cap fait suite à la brève visite de Macky Sall à Dakar, vendredi 17 juillet. Accueilli par des partisans à l'aéroport, l'ancien président a été reçu par le président Bassirou Diomaye Faye au palais. Cette rencontre, présentée par les deux hommes comme une simple consultation sur la candidature onusienne, s'est déroulée dans un contexte politique tendu. Le lendemain, le chef de l'État sénégalais a déclaré que le Sénégal accordait son « plein soutien » à la candidature de Macky Sall et que « l'ensemble du réseau diplomatique sénégalais » serait mobilisé en sa faveur.
Un contexte politique intérieur agité
Ce dossier s'inscrit dans un climat de recomposition politique au Sénégal. Le président Bassirou Diomaye Faye est actuellement en conflit ouvert avec l'ancien Premier ministre Ousmane Sonko, désormais président de l'Assemblée nationale. Le rapprochement avec Macky Sall pourrait être interprété comme une manœuvre électoraliste, visant à renforcer la position du chef de l'État face à son rival. Certains observateurs estiment que ce revirement permet au pouvoir de gagner un allié influent sur la scène internationale, tout en neutralisant une source de tensions internes.
Des contestations dans la société civile
L'arrivée de Macky Sall à Dakar n'a pas fait l'unanimité. Un collectif de la société civile a dénoncé sa venue, l'accusant d'avoir « durement réprimé les manifestations de l'opposition entre 2021 et 2024 », qui auraient fait plusieurs dizaines de morts. Les militants de l'opposition estiment que soutenir la candidature de l'ancien président revient à cautionner des violations des droits humains. Le gouvernement n'a pas commenté ces accusations, se bornant à rappeler que Macky Sall est un ancien chef d'État qui peut légitimement briguer un poste international.
Les enjeux de la candidature
Macky Sall, qui a quitté le pouvoir en 2024 après une tentative controversée de se maintenir en fonction, est aujourd'hui en campagne active pour le poste de secrétaire général des Nations unies. Le processus de succession doit aboutir d'ici à la fin de l'année 2026. Le soutien de son propre pays est crucial : selon les règles coutumières de l'ONU, le prochain secrétaire général devrait venir d'Afrique, et le candidat doit obtenir l'aval de son gouvernement d'origine. Plusieurs autres personnalités africaines sont également pressenties, mais Macky Sall bénéficie d'une certaine expérience diplomatique et d'un réseau international.
Réactions et suites
Face à ce revirement, les partisans de l'ancien président se sont réjouis, y voyant un signe de l'unité nationale. De leur côté, les opposants dénoncent une « alliance contre nature » entre deux hommes politiques que tout oppose. Le gouvernement, lui, insiste sur le fait que cette décision est motivée par l'intérêt supérieur du pays et la volonté de voir un Sénégalais diriger l'organisation mondiale. Les prochains jours devraient être marqués par une intensification de la campagne de Macky Sall, qui compte désormais sur l'appareil diplomatique sénégalais pour promouvoir sa candidature.