Un boycott annoncé

Le parti Pastef, qui détient la majorité écrasante à l’Assemblée nationale sénégalaise (130 sièges sur 165), ne participera pas au nouveau gouvernement formé par le président Bassirou Diomaye Faye. L’annonce a été faite lundi 1er juin par Ousmane Sonko, président du parti et récemment évincé du poste de Premier ministre.

Dans un message publié sur le réseau social X, Sonko a indiqué avoir rencontré le chef de l’État le même jour. Au cours de cet entretien, « des points de désaccord » sont apparus concernant la place que Pastef devait occuper au sein de l’exécutif. « Pastef ne participera pas au prochain gouvernement et ne sera représenté par aucun ministre », a-t-il écrit, ajoutant : « Nous souhaitons plein succès à la nouvelle équipe. »

Cette décision intervient alors que Faye a officialisé dans la foulée la composition d’un cabinet de trente ministres, dont plusieurs membres de Pastef. Toutefois, les figures les plus en vue du parti, qui faisaient partie du précédent gouvernement, en sont absentes.

Un nouveau Premier ministre aux commandes

Le président Faye avait limogé Sonko et dissous le gouvernement le 22 mai. Pour remplacer l’ancien Premier ministre, il a nommé Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo, un économiste chevronné, chargé de piloter la politique économique du pays. Lo a présenté la liste des ministres lundi, lors d’une retransmission télévisée en direct.

Sonko, personnalité populaire auprès de la jeunesse sénégalaise pour ses positions panafricanistes et son opposition à l’ancien président Macky Sall, avait été élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai, avec le soutien de 132 députés. Cette élection, intervenue quelques jours seulement après son limogeage, avait été interprétée comme un défi direct au président Faye.

Des tensions croissantes entre les deux hommes

L’alliance politique entre Faye et Sonko, qui avait porté le premier à la présidence en avril 2024, s’est progressivement dégradée. Sonko, qui avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle en raison d’une condamnation pour diffamation, avait fait campagne pour Faye. Ce dernier l’avait ensuite nommé Premier ministre.

Les premiers signes de friction sont apparus dès juillet 2024, lorsque Sonko avait accusé Faye d’un « manque de leadership » et de ne pas le soutenir suffisamment face à ses détracteurs. En mai, le président avait critiqué implicitement son ancien allié en estimant que le parti devait être « dépersonnalisé » et ne pas être dominé par une seule figure.

Une crise économique qui s’aggrave

Cette crise politique survient dans un contexte économique particulièrement difficile. Le Sénégal, qui avait annoncé en 2024 la découverte d’une dette publique largement sous-estimée par le précédent gouvernement, subit les conséquences de cette révélation. Le Fonds monétaire international (FMI) a suspendu son programme de prêt de 1,8 milliard de dollars, le niveau de la dette atteignant 132 % du produit intérieur brut fin 2024.

Le ministre sénégalais des Finances avait indiqué fin mai que le pays espérait reprendre les discussions avec le FMI dans les premiers jours de juin et parvenir à un accord sur les points clés d’ici le 30 juin. Toutefois, les divergences de fond entre Faye, ouvert au dialogue avec l’institution, et Sonko, partisan d’une approche plus souverainiste, compliquent la recherche d’une solution.

Un avenir politique incertain

Le refus de Pastef de participer au gouvernement pose la question de la gouvernabilité du pays. Bien que le parti reste majoritaire à l’Assemblée, son absence de l’exécutif risque de paralyser l’action gouvernementale. Le nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo, devra composer avec une opposition parlementaire conduite par l’ancien locataire de la Primature, désormais à la tête de l’institution législative.

Les prochaines semaines seront décisives pour déterminer si un compromis peut être trouvé entre les deux anciens alliés, alors que le Sénégal fait face à des défis économiques majeurs et à une instabilité politique inédite depuis l’alternance de 2024.