La crise politique qui couvait au sommet de l’État sénégalais a franchi une nouvelle étape. Le parti Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) a organisé, ces derniers jours, une réunion de ses instances décisionnelles au cours de laquelle il a affiché un soutien sans faille à Ousmane Sonko, le chef du gouvernement. Selon des participants, les discussions ont été marquées par une dénonciation vigoureuse de ceux que les dirigeants du parti qualifient désormais de « traîtres ». Ce terme, employé à plusieurs reprises par les orateurs, vise implicitement les proches du président Bassirou Diomaye Faye, accusés de vouloir s’écarter de la ligne politique adoptée lors de la dernière élection présidentielle.
Un parti qui se resserre autour de son secrétaire général Ousmane Sonko, figure historique du Pastef et secrétaire général du parti, a prononcé un discours dans lequel il a appelé à la vigilance face aux manœuvres de division. Il a notamment exhorté les militants à « rester fidèles aux idéaux qui ont porté le Pastef au pouvoir » et à ne pas se laisser « corrompre par les sirènes du compromis ». Plusieurs cadres du parti ont pris la parole pour réaffirmer leur loyauté au Premier ministre, dans une atmosphère décrite comme électrique par des témoins. Aucune voix discordante ne se serait élevée, signe d’une discipline de fer au sein de la formation politique.
Cette démonstration d’unité intervient alors que les relations entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, pourtant alliés de longue date, se sont considérablement détériorées. Depuis plusieurs semaines, des divergences profondes sont apparues sur la gestion de l’économie, la politique étrangère et le rythme des réformes promises. Le président Faye, élu en mars 2024 avec le soutien du Pastef, a tenté de modérer certaines mesures radicales préconisées par Sonko, provoquant des tensions croissantes.
La stratégie de la clarification En organisant cette réunion, la direction du Pastef semble avoir choisi de clarifier son positionnement : elle se range résolument derrière Ousmane Sonko et durcit le ton contre les « traîtres », un mot qui n’avait jamais été utilisé publiquement jusqu’alors. Selon des analystes, cette escalade verbale pourrait viser à isoler le président Faye et à le contraindre à se soumettre à la ligne du parti ou à assumer une rupture ouverte. Le chef de l’État, qui n’était pas présent à la réunion, n’a pour l’instant pas réagi officiellement.
Quelles conséquences pour le gouvernement ? La situation place le gouvernement sénégalais dans une position délicate. Officiellement, le Pastef détient la majorité à l’Assemblée nationale et soutient l’action du gouvernement Sonko. Mais la fracture avec le sommet de l’exécutif, incarné par le président Faye, pourrait entraîner une paralysie institutionnelle. Des rumeurs de remaniement ou de démission circulent dans les cercles politiques dakarois, sans qu’aucune confirmation n’ait été apportée.
Les prochains jours seront déterminants. Si Bassirou Diomaye Faye choisit de répondre par une contre-offensive politique, le Sénégal pourrait connaître une crise constitutionnelle inédite. Dans le cas contraire, c’est la fin de toute velléité d’indépendance du président face à son ancien allié devenu Premier ministre. Quoi qu’il en soit, le Pastef a jeté un pavé dans la mare en choisissant de faire bloc autour d’Ousmane Sonko, rendant la réconciliation entre les deux hommes plus improbable que jamais.