Pour la deuxième fois en quelques jours, la deuxième ville de Russie a été la cible d'une attaque massive de drones en provenance d'Ukraine, samedi 6 juin 2026. L'incident s'est produit alors que s'achevait le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF), rendez-vous annuel des investisseurs que le Kremlin utilise pour rassurer les milieux d'affaires, et que Vladimir Poutine venait de rejeter une proposition de rencontre directe de son homologue ukrainien.

Les autorités régionales ont exhorté les habitants à ne pas sortir de chez eux. Le gouverneur de Saint-Pétersbourg, Alexandre Beglov, a recommandé aux citoyens de rester à l'intérieur et a évoqué d'éventuelles perturbations du réseau mobile. De son côté, le gouverneur de la région de Léningrad, Alexandre Drozdenko, a fait état de 141 drones abattus au-dessus de son territoire. Le ministère russe de la Défense a annoncé avoir détruit au total 376 drones ukrainiens au cours de la nuit.

Une frappe revendiquée par Kiev

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a revendiqué l'opération sur le réseau social X, affirmant que « nos drones ont parcouru une distance d'environ 1 000 kilomètres jusqu'à la région de Saint-Pétersbourg — jusqu'aux arsenaux de la marine ennemie et à une base à Cronstadt ». Cette île fortifiée abrite une importante base navale russe dans le golfe de Finlande, à quelques dizaines de kilomètres à l'ouest de la ville.

L'attaque de samedi intervient après un premier assaut le mercredi 3 juin, à quelques heures de l'ouverture du forum économique. Des drones ukrainiens avaient alors incendié un terminal pétrolier dans la ville et touché une base navale proche, selon plusieurs sources. Les images satellites avaient montré des équipes de secours luttant contre des incendies à bord de la corvette lance-missiles Boïki à la base navale de Cronstadt.

« Aucun endroit sûr en Russie »

La multiplication des frappes ukrainiennes à des centaines de kilomètres de la ligne de front constitue un défi pour le discours officiel russe, qui présente habituellement le conflit comme une opération éloignée n'affectant pas la vie quotidienne des Russes. Le forum économique, que Vladimir Poutine utilise comme vitrine de la résilience du pays, s'est tenu sous la menace directe de ces attaques.

Jeudi, le président russe avait promis de renforcer la défense antiaérienne du pays pour contrer les drones ennemis. Mais vendredi, il a opposé une fin de non-recevoir à la proposition de son homologue ukrainien d'une rencontre en face à face, déclarant n'en voir « aucun intérêt ».

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiha, a réagi samedi sur le réseau social X en prévenant que « les choses ne feront qu'empirer pour la Russie ». « Les échecs seront plus humiliants », a-t-il écrit, ajoutant qu'il n'existe « aucun endroit sûr en Russie qui puisse être exempté » des frappes ukrainiennes à longue portée, et que « l'intensité des attaques continuera de croître ».

Des deux côtés de la ligne de front

Alors que la ligne de front évolue peu, les deux belligérants multiplient les frappes profondes en territoire adverse, utilisant des drones afin de contourner l'enlisement terrestre. Côté ukrainien, un habitant a été tué et trois autres blessés dans la région de Dnipropetrovsk, où les forces russes ont mené une trentaine de tirs d'artillerie et de drones sur trois districts, selon le chef de l'administration régionale, Oleksandr Hanja. Dans la région de Zaporijjia, sept personnes ont reçu des soins médicaux après qu'un drone russe a provoqué un incendie sur un parking, d'après le gouverneur Ivan Fedorov.

L'armée de l'air ukrainienne a indiqué avoir abattu 249 des 272 drones lancés par la Russie durant la nuit de vendredi à samedi.

Aucune victime n'a été immédiatement signalée dans l'attaque de samedi contre Saint-Pétersbourg.