Un symbole funeste pour le SPIEF

L’image qui restera de la grand-messe économique russe de cette année n’est ni celle des discours optimistes ni celle des stands clinquants, mais un panache de fumée noire s’élevant dans le ciel de Saint-Pétersbourg. Mercredi, en ouverture du Forum économique international (SPIEF), des drones ukrainiens ont frappé des infrastructures locales, sans que les autorités précisent la nature exacte des cibles touchées. Les délégations arrivant au centre d’exposition ont vu la colonne de fumée dominer l’horizon.

Cette attaque, qui s’est répétée en clôture de l’événement, a rappelé de façon spectaculaire que le conflit avec l’Ukraine, entré dans sa cinquième année, continue de s’étendre au cœur du territoire russe. Le président Volodymyr Zelensky a saisi cet instant pour adresser une lettre ouverte à Vladimir Poutine, dans laquelle il le défiait sur son âge et les revers militaires, tout en proposant une rencontre dans un pays neutre pour engager des pourparlers de paix.

Poutine campe sur ses positions

Le chef du Kremlin n’a pas modifié sa ligne. Il a qualifié la missive de « grossière » et a rejeté toute perspective de tête-à-tête, déclarant : « Ce n’est pas à l’auteur de cette lettre que je dois répondre, mais à nos soldats sur le front… Je leur dis : tenez bon, frères ! » Lors de la séance plénière du forum, Vladimir Poutine s’est montré inflexible, refusant d’envisager une fin du conflit qui ne serait pas à ses conditions. Il a tenté de projeter une image de force et de confiance, affirmant que malgré « les guerres et les sanctions, l’économie se développe » et que « tout est stable ».

Des responsables locaux en retrait

Interrogés sur la guerre, les responsables russes présents au forum ont systématiquement renvoyé aux paroles du président. Le vice-président de la Douma, Alexandre Joukov, a répondu : « Je ne peux que reprendre les mots de notre président. Il a dit que cette situation doit être résolue bientôt. » Le gouverneur de la région de Smolensk, Vassili Anokhine, a lui aussi répété la formule officielle face à l’évocation des frappes de drones : « Comme dit notre président, nos ennemis essaient de nous nuire. »

Une économie sous pression

Malgré les discours rassurants, la réalité économique apparaît plus contrastée. La croissance stagne dans la plupart des secteurs, et les économistes russes évoquent une « stagnation » voire un « déclin » dans certains domaines. Le conflit absorbe d’énormes ressources humaines et financières. Lors d’un récent déplacement dans la région de Lipetsk, de petits entrepreneurs ont confié leur difficulté à survivre.

L’envoyé spécial de Vladimir Poutine pour les investissements étrangers, Kirill Dmitriev, a reconnu lors d’un entretien que « les taux d’intérêt sont un peu trop élevés », tout en vantant la résilience de l’économie russe, contredisant selon lui les pronostics occidentaux. Certains acteurs économiques voient toutefois des opportunités : l’homme d’affaires German Galperine a expliqué que les restrictions de voyage liées aux sanctions poussaient les Russes à consommer davantage sur le territoire national.

Une vitrine ternie

Le forum, avec ses présentations soignées et son budget important, visait à offrir une image optimiste de l’économie russe. Mais l’attaque de drones et les doutes sur la durabilité du modèle économique actuel ont jeté une ombre sur ce rendez-vous. Le contraste entre la façade officielle et les réalités du terrain semble plus marqué que jamais.