Les électeurs de San Francisco ont refusé, lors du scrutin du 8 juin 2026, d’alourdir la fiscalité des entreprises dont les dirigeants perçoivent des rémunérations très élevées par rapport à leurs employés. Avec 53,6 % de votes négatifs contre 46 % de suffrages favorables, la proposition D est rejetée, selon les résultats partiels publiés lundi après-midi.

Ce texte, que ses promoteurs syndicaux avaient baptisé « taxe sur les PDG surpayés », visait à renforcer un dispositif existant depuis 2020. Celui-ci pénalise actuellement les sociétés de plus de 1 000 salariés réalisant au moins un milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel, lorsque la rémunération de leurs dirigeants dépasse cent fois le salaire médian de leurs employés basés à San Francisco. La proposition D étendait la comparaison à l’ensemble des effectifs mondiaux de l’entreprise, et non plus seulement à ceux situés dans la ville, où les rémunérations sont souvent plus élevées. Elle augmentait également les taux d’imposition applicables.

Opposition des milieux économiques et politiques

Le maire de San Francisco, Daniel Lurie, s’était prononcé contre la mesure, estimant qu’elle risquait de pousser les entreprises à quitter la ville et de compromettre la reprise économique après la pandémie. Plusieurs figures majeures de la tech ont également combattu l’initiative : Sergey Brin, cofondateur de Google, et Tony Xu, cofondateur de DoorDash, ont chacun injecté plusieurs centaines de milliers de dollars dans la campagne pour le « non ».

Le rejet de cette proposition s’inscrit dans une série de choix électoraux récents qui traduisent un glissement centriste de la métropole, malgré sa réputation progressiste. En 2022, les San-Franciscains avaient destitué un procureur de district jugé trop à gauche et rappelé trois membres d’un conseil scolaire pour avoir accordé une priorité excessive aux questions de justice sociale pendant la fermeture des écoles liée au Covid-19. En 2024, c’est Daniel Lurie, un démocrate modéré promettant de s’attaquer aux problèmes de cadre de vie, qui avait été élu à la mairie.

Conséquences financières et emploi

Une analyse municipale estimait que la proposition D aurait rapporté entre 250 et 300 millions de dollars supplémentaires par an aux caisses de la ville. Mais cette même étude prévoyait une destruction d’environ 940 emplois sur le territoire san-franciscain, les entreprises risquant de délocaliser une partie de leurs activités pour échapper à la taxe.

Le débat autour de ce scrutin est intervenu dans un contexte d’afflux massif de capitaux lié à l’essor de l’intelligence artificielle, qui a profondément transformé San Francisco. La question de la taxation des très hauts revenus dépasse d’ailleurs le cadre local : une proposition de taxe sur les milliardaires est en voie de qualification pour le scrutin de novembre 2026 à l’échelle de l’État de Californie.