Une nouvelle évaluation comparative des systèmes de santé portant sur vingt nations confirme que les États‑Unis restent le mauvais élève des pays riches : des dépenses records, des performances médiocres et une espérance de vie en berne. Publiée par l’organisme indépendant Commonwealth Fund, cette analyse s’appuie sur des données de 2024 et place l’Amérique en queue de peloton sur plusieurs indicateurs essentiels.

Des dépenses sans équivalent

En 2024, les États‑Unis ont consacré 18 % de leur produit intérieur brut à la santé, soit près du double de la moyenne des dix‑neuf autres pays étudiés (9,3 %). Avec 12 649 dollars par habitant, la facture américaine est environ dix fois supérieure à celle du Mexique. L’Allemagne arrive en deuxième position des plus gros dépensiers, avec 12,3 % du PIB.

Ce budget colossal n’empêche pas les Américains d’être les plus nombreux à renoncer à des médicaments, des traitements, des examens ou des consultations pour raisons financières. Le coût des prescriptions constitue un frein particulièrement important.

Espérance de vie et mortalité évitable

L’espérance de vie à la naissance aux États‑Unis plafonne à 79 ans, soit plus de deux ans en dessous de la moyenne des pays comparables (81,2 ans). Seuls la Turquie (77,3 ans) et le Mexique (75,5 ans) font moins bien. À l’opposé, l’Espagne (84 ans), le Japon (84,1 ans) et la Suisse (84,3 ans) enregistrent les meilleures durées de vie.

Le taux de mortalité évitable — décès que des soins primaires ou une intervention médicale opportune auraient pu empêcher — est le deuxième plus élevé du groupe, juste derrière celui du Mexique. Le même classement s’applique à la mesure des années potentielles de vie perdues, qui estime la mortalité prématurée.

Couverture et accès aux soins

Les États‑Unis et le Mexique sont les deux seules nations de l’étude à ne pas garantir une couverture universelle à l’ensemble de leur population. Vingt‑sept millions d’Américains ne disposent d’aucune assurance maladie. Le pays compte en outre le plus faible nombre de médecins généralistes par habitant : 0,3 pour 1 000 personnes, contre une moyenne de 1,1 pour 1 000, et jusqu’à 1,8 en Australie et aux Pays‑Bas. Près d’un tiers des Américains — environ 100 millions de personnes — n’ont pas de lieu de soins régulier avant d’être assez malades pour atterrir dans un service d’urgence.

Inégalités criantes

Les défaillances du système frappent inégalement la population. Le taux de mortalité maternelle aux États‑Unis s’élève à près de 19 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2023, le plus élevé des vingt pays étudiés. Chez les femmes noires, ce chiffre grimpe à 50 pour 100 000, alors que la moyenne des pays comparés est de 9,5 et que onze nations affichent un taux inférieur à 5. Le taux de suicide américain est le troisième plus élevé du panel, avec une aggravation marquée dans les zones rurales, où l’accès aux médecins et aux services de santé mentale est plus limité.

Production de médecins et lits d’hôpitaux

Les États‑Unis forment de nouveaux médecins à l’un des rythmes les plus faibles des pays analysés. La capacité en lits d’hôpitaux y est également parmi les plus réduites, ce qui aggrave les tensions sur le système.

Des solutions existent

Le rapport souligne que d’autres pays ont déjà mis en œuvre des stratégies pour répondre aux carences observées aux États‑Unis : maîtrise des coûts, renforcement des soins primaires et lutte contre les inégalités. Le Mexique, seul autre pays sans couverture universelle, a prévu d’instaurer un accès généralisé aux soins d’ici 2027.

« Ce qui est remarquable, ce n’est pas que des alternatives existent, mais que les États‑Unis aient échoué à les saisir », conclut l’étude.