La santé mentale des mineurs en France suscite une inquiétude croissante. Deux études rendues publiques mardi 2 juin par Santé publique France dressent un constat alarmant : les pensées suicidaires, la dépression et les troubles émotionnels touchent une part significative des enfants et adolescents, avec des niveaux qui ne semblent pas s’améliorer après la pandémie de Covid-19.
Un lycéen sur cinq en souffrance psychique sévère
La première enquête, consacrée aux adolescents, indique qu’environ deux lycéens sur dix déclarent une souffrance psychique qualifiée de sévère. Ce mal-être s’accompagne fréquemment d’idées suicidaires. Les données, collectées auprès d’établissements scolaires, confirment une tendance déjà observée ces dernières années : la dégradation de l’état psychologique des jeunes gens s’accentue, en particulier chez les filles, davantage exposées aux troubles anxieux et dépressifs.
Les chiffres montrent que la demande de soins en santé mentale augmente dans cette tranche d’âge, sans que les dispositifs d’accompagnement parviennent à répondre pleinement aux besoins. Plusieurs associations et professionnels de santé alertent régulièrement sur le manque de places en pédopsychiatrie et la difficulté d’accès aux psychologues.
Les enfants de 6 à 11 ans également touchés
La seconde étude porte sur les enfants scolarisés en maternelle et en primaire, âgés de 6 à 11 ans. Les résultats révèlent que leur santé mentale reste « fragilisée », pour reprendre le terme employé par Santé publique France. Les conséquences des confinements successifs lors de la pandémie continuent de peser sur les plus jeunes, qui présentent davantage de troubles émotionnels, de difficultés relationnelles et de symptômes dépressifs que lors des évaluations précédant la crise sanitaire.
Les chercheurs observent notamment une hausse des consultations pour anxiété et des signalements d’enseignants concernant le comportement ou l’humeur des élèves. Si les effets du Covid-19 s’estompent progressivement dans la population générale, ils semblent laisser une empreinte durable chez certains enfants, en particulier ceux issus de milieux défavorisés ou ayant vécu des situations familiales complexes.
Un phénomène structurel qui inquiète
Ces deux études confirment une tendance lourde : le mal-être juvénile ne constitue pas une simple conséquence passagère de la pandémie, mais s’inscrit dans un phénomène structurel. Les spécialistes pointent plusieurs facteurs : pression scolaire, usage intensif des écrans, isolement social, anxiété climatique, ou encore climat anxiogène lié à l’actualité internationale.
Santé publique France insiste sur la nécessité de renforcer la prévention et la prise en charge dès le plus jeune âge. Des campagnes de sensibilisation sont en cours dans les établissements scolaires, mais les moyens alloués à la psychiatrie infanto-juvénile restent jugés insuffisants par de nombreux acteurs.
Les autorités sanitaires appellent les familles et les professionnels de l’éducation à rester vigilants face aux signes de souffrance psychique : repli sur soi, troubles du sommeil, baisse des résultats scolaires ou propos évoquant la mort. Une détection précoce permettrait d’éviter des passages à l’acte ou l’aggravation de pathologies.
Alors que ces données viennent s’ajouter à d’autres indicateurs alarmants (hausse des passages aux urgences pour gestes suicidaires chez les adolescents, augmentation des prescriptions d’anxiolytiques), la question de la santé mentale des jeunes s’impose comme un enjeu majeur de santé publique pour les années à venir.