La convention scellant le don exceptionnel de 50 millions d’euros de Bernard Arnault à l’École polytechnique a été signée jeudi matin sous le dôme des Invalides, à Paris. L’événement, organisé en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu, de plusieurs personnalités politiques et de dirigeants d’entreprises, concrétise la création de l’Institut des mathématiques et des sciences fondamentales, qui portera le nom du PDG de LVMH. L’École avait qualifié ce geste d’« exceptionnel », le plus important jamais réalisé en faveur de l’enseignement supérieur en France.

Un « acte de patriotisme » selon Lecornu Sébastien Lecornu a justifié sa présence en affirmant que ce don relevait non pas de la philanthropie, mais d’un « acte de patriotisme ». Le chef du gouvernement a estimé que la France traversait une période où « un virus se répand » consistant à croire qu’aucun destin ni aucune puissance ne sont possibles sans unité. Il a appelé à « faire front commun » et à « décloisonner entre civil et militaire, entre privé et public », faute de quoi le pays paierait « très cher » le retour de « vieilles querelles ».

Le Premier ministre a également salué le modèle « unique » de l’X, fondé sur une double identité civile et militaire, qu’il juge indispensable face aux défis de l’intelligence artificielle, du quantique et de la « révolution crypto », un domaine où la France, a-t-il reconnu, « n’est pas en avance ». En réponse aux critiques redoutant une « instrumentalisation de la science » par le mécénat privé, Lecornu a opposé la nécessité de dépasser les clivages traditionnels.

Les déclarations de Bernard Arnault et d’Elisabeth Borne Bernard Arnault a déclaré que le futur institut aurait « beaucoup à apporter à la progression de la science dans le monde ». Selon lui, « celui qui maîtrise les mathématiques maîtrise les affaires du monde qui vient ». Il a écarté l’idée que l’intelligence artificielle puisse supplanter les chercheurs en mathématiques, affirmant qu’elle « produit de la connaissance à une vitesse extraordinaire, mais elle n’aura jamais l’imagination d’un Einstein. Jamais l’IA n’aurait pu écrire E = mc². »

L’ancienne Première ministre Elisabeth Borne, également présente, a souligné que « le mécénat ne remplacera jamais l’action et le financement de l’État ». Elle a plaidé pour « besoin de tout le monde pour l’engagement en faveur de l’innovation et de la recherche », tout en évoquant des « épisodes précédents à Polytechnique dans lesquels il n’y a pas eu une compréhension spontanée de l’intérêt de l’implication des grandes entreprises ». La directrice générale de l’X, Laura Chaubard, a pour sa part rappelé que les financements publics demeuraient au rendez-vous, le ministère des Armées ayant compensé l’ensemble des charges.

Un don qui interroge les équilibres public-privé La cérémonie a réuni de nombreuses figures politiques et économiques, parmi lesquelles la ministre de la Défense Catherine Vautrin, la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse, et l’ancien commissaire européen Thierry Breton. Le don de Bernard Arnault, qualifié d’« exceptionnel » par l’École, intervient dans un contexte de débat récurrent sur le rôle du mécénat dans le financement de la recherche publique. Si certains y voient une avancée majeure pour les mathématiques françaises, d’autres s’inquiètent d’une possible dépendance accrue aux fonds privés. Lecornu a toutefois insisté sur le fait que l’action de l’État restait irremplaçable, mais que la mobilisation de tous était indispensable pour maintenir la compétitivité scientifique du pays.