Les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) accélèrent leur stratégie de diversification des alliances de sécurité, alors que la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran entre dans son quatrième mois et que les pourparlers en vue d'un accord durable se poursuivent. Cette recomposition, déjà amorcée avant le conflit, se renforce sous l'effet des frappes iraniennes subies par plusieurs monarchies du Golfe et de la perception d'une menace israélienne grandissante.
Des partenariats élargis
Avant même le déclenchement des hostilités, l'Arabie saoudite avait conclu en septembre 2025 un pacte de défense mutuelle avec le Pakistan, pays doté de l'arme nucléaire. Cette alliance pourrait s'étendre à d'autres États de la région. Parallèlement, un groupe quadrilatéral rassemblant l'Arabie saoudite, la Turquie, l'Égypte et le Pakistan est en train de se constituer comme plateforme de coopération sécuritaire. Les monarchies du Golfe entretiennent par ailleurs des relations amicales avec la Russie et la Chine, tout en achetant des systèmes de défense à plusieurs pays européens, une approque qui devrait être renforcée par le conflit.
Selon Anna Jacobs Khalaf, chercheuse non-résidente à l'Arab Gulf States Institute, l'objectif n'est pas de remplacer les États-Unis, mais de diversifier les partenariats. « Les pays comme l'Arabie saoudite se concentrent sur l'équilibre régional des forces et la riposte à la fois contre l'Iran et Israël, explique-t-elle. Cela signifie développer leurs propres capacités de défense nationales et renforcer l'autonomie régionale. »
Des attaques iraniennes ciblées
Depuis l'entrée en guerre le 28 février, l'Iran a mené des frappes contre des bases militaires américaines et des sites civils dans plusieurs États du Golfe, notamment des aéroports, des installations énergétiques et des hôtels. Même après la signature d'un mémorandum d'entente (MoU) entre Téhéran et Washington pour mettre fin au conflit, l'armée iranienne – dirigée par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) – a lancé des missiles et des drones contre des cibles au Bahreïn et au Koweït, en riposte à des frappes américaines.
Ces attaques récentes, postérieures à l'accord de principe, illustrent la persistance des tensions malgré les négociations. Les analystes soulignent que les monarchies du Golfe, bien qu'alliées des États-Unis, sont devenues des terrains d'affrontement indirect entre les deux puissances.
Israël également perçu comme une menace
Outre l'Iran, plusieurs pays du Golfe considèrent les politiques expansionnistes d'Israël et ses campagnes militaires comme une menace grandissante. L'année dernière, Israël a bombardé la capitale qatarie, Doha, renforçant les inquiétudes régionales. Cette double menace – iranienne et israélienne – pousse les monarchies à chercher des garanties de sécurité auprès de multiples partenaires.
La diversification des alliances ne se limite pas au volet militaire : elle inclut aussi le développement de l'industrie de défense locale et le renforcement de la coopération régionale. Les experts estiment que cette tendance s'accélérera à mesure que les contours définitifs de l'accord américano-iranien se préciseront et que les rapports de force dans la région évolueront.
Un équilibre délicat
Si les monarchies du Golfe réaffirment leur attachement à l'alliance américaine, elles cherchent à se prémunir contre toute éventualité : soit que les États-Unis réduisent leur engagement militaire dans la région, soit que l'Iran sorte renforcé des négociations. L'émergence de nouvelles plateformes comme le groupe quadrilatéral Saoudite-Turquie-Égypte-Pakistan témoigne d'une volonté de construire des mécanismes de sécurité complémentaires.
La guerre a également bouleversé le secteur énergétique mondial, affectant directement les économies du Golfe. Les monarchies doivent conjuguer sécurisation de leurs infrastructures et maintien de leur attractivité pour les investisseurs étrangers.
En définitive, la période d'après-guerre s'annonce comme un moment de redéfinition profonde des équilibres sécuritaires au Moyen-Orient, où les monarchies du Golfe jouent un rôle central en tant qu'acteurs cherchant à diversifier leurs appuis tout en préservant leur autonomie stratégique.