Une foule estimée à plusieurs milliers de personnes a défilé dimanche 7 juin dans les rues de Fleurance, petite commune du Gers, pour rendre hommage à Lyhanna, une fillette de 11 ans retrouvée morte après une disparition signalée le 29 mai. Ses parents, marchant en tête du cortège, portaient une banderole proclamant « Plus jamais ça ». La quasi-totalité des participants, y compris de nombreux enfants, étaient vêtus de blanc, arborant souvent un portrait souriant de la victime.
Le choc et la tristesse laissent place à une colère profonde face aux failles du système judiciaire français. Il est apparu que Jérôme Barella, l’homme placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête pour la disparition et le meurtre de Lyhanna, était déjà connu des services de police depuis plusieurs années. Selon les informations disponibles, il avait fait l’objet d’accusations de viol sur mineur dans les mois précédant le drame. Pourtant, une série de retards administratifs et de délais non respectés a empêché les forces de l’ordre de le convoquer pour un interrogatoire avant le passage à l’acte.
Ces révélations ont provoqué un vif débat national sur les carences de la chaîne judiciaire. Le chef de l’État, Emmanuel Macron, a reconnu publiquement une défaillance « inacceptable » du système légal. Lors d’un déplacement au Monténégro la semaine dernière, il a déclaré : « Nous ne pouvons ignorer le fait que des lacunes ont été mises au jour. Il ne s’agit pas d’une question de moyens mais de responsabilités, qui devront être déterminées par une enquête officielle. »
Un parcours judiciaire entravé
Le parcours de Jérôme Barella soulève des questions sur le fonctionnement de la justice. Signalé pour la première fois en 2017 pour des faits de nature sexuelle, il avait été mis en examen pour viol sur mineur en novembre de l’année précédant le meurtre. Malgré ces antécédents, les procédures n’ont pas abouti à une convocation rapide. Les observateurs pointent du doigt la lenteur des transmissions entre les services d’enquête et le parquet, ainsi qu’un manque de coordination qui a permis au suspect de demeurer en liberté.
Des experts interrogés estiment que ce cas illustre un problème systémique dans lequel les victimes présumées ne sont pas suffisamment crues, et où les délais de traitement des plaintes s’allongent. Une militante associant l’affaire à un cri d’alarme a estimé que « le système judiciaire devrait croire les victimes en premier lieu », soulignant la nécessité d’une réforme en profondeur.
Une marche silencieuse sous le signe de la détermination
À Fleurance, la marche s’est déroulée dans un silence pesant, seulement troublé par les pas et quelques sanglots. Les proches de Lyhanna ont lancé un appel à la justice et à la prévention. Le cortège a traversé le centre-ville avant de se rassembler sur la place principale, où des prises de parole ont eu lieu en mémoire de l’enfant.
Les autorités locales ont promis que toute la lumière serait faite sur les circonstances de la mort de Lyhanna, tandis que le parquet a ouvert une enquête administrative distincte pour examiner les éventuelles négligences des services ayant eu à connaître du dossier Barella avant le drame.
L’affaire a ravivé les critiques sur la protection de l’enfance en France et relancé les appels à une réforme du système judiciaire. Plusieurs associations de défense des droits des enfants appellent à un renforcement des moyens et à une meilleure formation des magistrats et des policiers pour éviter qu’une telle tragédie ne se reproduise.