Six gouvernements alliés d’Israël ont annoncé mardi l’imposition de sanctions coordonnées contre des réseaux qu’ils accusent de financer, d’encourager et de commettre des violences à l’encontre de Palestiniens en Cisjordanie occupée. Cette décision conjointe associe le Royaume-Uni, le Canada, la France, la Norvège, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Les mesures britanniques visent six entités et une personne physique, selon des précisions fournies par le Foreign Office. Parmi les cibles figure une entreprise de construction, Eyal Hari Yehuda, et son propriétaire, Itamar Yehuda Levi, accusés d’avoir participé à des attaques contre des Palestiniens. Les autorités britanniques ont également cité des organisations qui soutiennent les fermes et les avant-postes de colons, ainsi que des groupes collectant des fonds pour les colons.

La ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a déclaré devant le Parlement avoir « renforcé les conseils sur les risques commerciaux pour les rendre clairs et sans ambiguïté : si vous êtes un citoyen ou une entreprise britannique, vous ne devez mener aucune activité économique et financière dans les colonies israéliennes illégales » au regard du droit international. Elle a ajouté que son gouvernement estimait que « les groupes violents de colons ne doivent pas tirer profit des terres qu’ils ont confisquées aux Palestiniens ».

Les six pays, qui se présentent comme d’anciens alliés inconditionnels d’Israël, ont manifesté une désapprobation croissante de sa politique envers les Palestiniens depuis le début de la guerre à Gaza. Leurs communiqués officiels indiquent que des mesures supplémentaires pourraient être prises si le gouvernement israélien ne remédie pas de manière satisfaisante à la situation sur le terrain.

La France va plus loin

Paris a annoncé des sanctions supplémentaires en interdisant l’entrée sur son territoire au ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, ainsi qu’à trois dirigeants de groupes de colons et à vingt et une personnes impliquées dans des violences en Cisjordanie. Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a justifié cette décision, rappelée sur les réseaux sociaux, en citant les appels de M. Smotrich à annexer la Cisjordanie.

L’Australie et la Nouvelle-Zélande avaient déjà annoncé des sanctions la semaine précédente. Le Canada et la Norvège se joignent donc à ce mouvement coordonné, dont l’objectif, selon le Foreign Office, est de « perturber les flux financiers qui ont permis aux groupes extrémistes de colons d’agir en toute impunité ».

Réaction israélienne

Le ministère israélien des Affaires étrangères a immédiatement rejeté ces mesures. Son porte-parole, Oren Marmorstein, a déclaré dans un communiqué : « Le véritable essence de ces démarches est la tentative d’imposer une position politique concernant le droit des Juifs à s’installer en Terre d’Israël et à propos du conflit israélo-palestinien – camouflée en mesures contre la violence. » Il a qualifié ces sanctions de « mesures honteuses ».

Contexte de violence accrue

Les attaques violentes de colons israéliens contre des Palestiniens se sont intensifiées depuis les attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas. Des analystes estiment que l’un des objectifs de ces violences est de réduire le territoire palestinien et d’empêcher la création d’un État palestinien. Le projet de colonisation E1, qui prévoit la construction de milliers de logements à l’est de Jérusalem, a été cité par le Foreign Office comme un exemple de colonisation illégale au regard du droit international.

Réactions d’ONG

Amnesty International a jugé ces sanctions « un pas, mais pas suffisant ». Kristyan Benedict, responsable de la gestion des crises pour la section britannique, a estimé que « cibler les réseaux de financement des colons alors que les ministres qui dirigent cette campagne ne subissent aucune conséquence n’est pas une responsabilité significative – cela laisse les architectes intacts ». Il a appelé le Royaume-Uni à sanctionner le Premier ministre Benjamin Netanyahu, les ministres Orit Strock et Israel Katz, ainsi que l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant.

Les six puissances occidentales ont répété leur appel au gouvernement israélien pour qu’il mette fin à l’expansion des colonies, réprime la violence des colons, poursuive les responsables et lève les restrictions entravant l’économie palestinienne.